Le premier volet de Special, série autobiographique signée Ryan O'Connell apparue discrètement sur Netflix il y a juste deux ans, était d'une délectable audace: suivre l'éveil sentimental d'un jeune homosexuel atteint d'une forme -même légère- d'infirmité motrice cérébrale, c'était l'anévrisme ou le malaise vagal assuré pour tout qui aime la vie bien rangée dans des cases. Or, la huitaine ...

Le premier volet de Special, série autobiographique signée Ryan O'Connell apparue discrètement sur Netflix il y a juste deux ans, était d'une délectable audace: suivre l'éveil sentimental d'un jeune homosexuel atteint d'une forme -même légère- d'infirmité motrice cérébrale, c'était l'anévrisme ou le malaise vagal assuré pour tout qui aime la vie bien rangée dans des cases. Or, la huitaine d'épisodes entre douze et 34 minutes offrait une réelle bouffée d'air frais dans le monde calibré des rom-com. Si modeste dans sa forme et grandiose dans ses livraisons de bonheur et de feel good, Special pourrait servir d'illustration parfaite à l'effet Dunning-Kruger: ceux qui se la racontent le moins pondent les meilleures histoires. Tout l'esprit de comédie légèrement dramatique, mais suprêmement bienfaisante et rigolote, réside dans cette double sortie du placard: parvenir à affirmer sa légère infirmité et son homosexualité. Au sein d'une galerie délicieuse de personnages secondaires, amis, employeurs, mère et amants, tous plus ou moins freaks, Special sifflote et rit au firmament des séries rares et importantes. La seconde saison tacle avec davantage de précision et d'humour les regards clichés sur l'amour et le handicap, avec intelligence et vivacité. Le jeune Ryan découvre la vie seul séparé de sa mère et expérimente les premiers tressaillements relationnels avec le polyamoureux Tanner ou l'électron Henry, légèrement autiste. Sa meilleure amie Kim (irrésistible Punam Patel), fidèle alliée en toutes circonstances, goûte elle aussi aux plaisirs de l'indécision. Ce duo d'amis unis par le même désir de vivre hors de tout sentiments d'inadéquation renvoie une attachante image d'irrévérence et d'amour inconditionnel. Pressez-vous sans hésiter sur ces deux saisons parfaitement bingeables. La dernière est un chant du cygne merveilleusement vitaminé.