Pour critiquer un album, il faut déjà pouvoir mettre la main dessus. Ce qui n'est pas une mince affaire quand on parle des disques de John Dwyer. Très rare dans la presse, et en interview de manière générale, le cerveau de Thee Oh Sees préfère envoyer des vinyles à ses fans avant leur sortie officielle et filer ses CD pour pas un balle à des taulards que de balancer des liens digitaux aux journalistes pour qu'ils s'épanchent sur sa musique. C'est tout à son honneur. L'amour du travail (vite fait) bien fait a depuis longtemps chez lui pris le pas sur les rêves de rich...

Pour critiquer un album, il faut déjà pouvoir mettre la main dessus. Ce qui n'est pas une mince affaire quand on parle des disques de John Dwyer. Très rare dans la presse, et en interview de manière générale, le cerveau de Thee Oh Sees préfère envoyer des vinyles à ses fans avant leur sortie officielle et filer ses CD pour pas un balle à des taulards que de balancer des liens digitaux aux journalistes pour qu'ils s'épanchent sur sa musique. C'est tout à son honneur. L'amour du travail (vite fait) bien fait a depuis longtemps chez lui pris le pas sur les rêves de richesse et la quête de célébrité. Stakhanoviste de la scène rock californienne, John Dwyer n'est pas du genre à se la couler douce et à lanterner en chemin. Cette année, il s'est attaqué avec son projet Damaged Bug à neuf chansons du méconnu Michael Yonkers ( Bug On Yonkers) et s'est lancé dans de nouvelles aventures avec Bent Arcana. Un supergroupe tout beau tout frais de psych jazz qui aime la musique improvisée et réunit notamment Kyp Malone de TV on the Radio, Ryan Sawyer (Thurston Moore, Cass McCombs) et la violoniste Laena "Geronimo" Myers-Ionita. Dwyer a donc aussi réveillé la bête, relancé la machine. Thee Oh Sees a, sous ses diverses écritures et ses changements de nom façon faute de frappe (OCS, OhSees), sorti plus de 20 albums depuis sa naissance en 2006. Ce Protean Threat est à ranger sur le haut de la pile. Aucun morceau pénible d'un quart d'heure, 20 minutes ici... L'homme au bermuda et sa bande continuent de foutre le bordel dans leurs chansons mais cette fois dans des formats courts et expéditifs. Les Osees de Protean Threat sont bruyants, furieux, nerveux, rampants, funky, dansants. Ils cultivent l'art de la fausse piste et du contre-pied permanent. Cela peut parfois filer des maux de tête. C'est ici fluide et excitant. Dans le petit texte qui accompagne la sortie de son album, Dwyer invite à réfléchir à qui on est et à ce qu'on est devenu. Il appelle à être humain et à s'élever contre les tueurs de la planète, prône la générosité et l'empathie, et demande le respect et une vie paisible pour tous. Derrière ces voeux pieux de hippie aboyeur, la musique des Osees, elle, n'a définitivement rien de paisible. Said the Shovel ressemble à un trésor caché de la no wave new-yorkaise. Dreary Nonsense sonne comme un hommage au regretté Jay Reatard. La filiation avec King Gizzard and The Lizard Wizard est évidente. Toujours enregistré avec deux batteurs qui déménagent (Paul Quattrone et Dan Rincon), les Osees assument leur groove. Red Study l'envoie se promener en Orient. Wing Run sur un dancefloor qui ne tourne pas rond. Le tout avec les guitares qui crachent et le sens de l'humour qui claque: "I drink 7 P. I smoke CBD. I gonna teach you how to be a fucking fool for free." Chef, oui, chef.