De Jeffrey Levy-Hinte. 1 h 33. Dist: ABC.
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De Jeffrey Levy-Hinte. 1 h 33. Dist: ABC. Kinshasa, 1974. La capitale de ce qui s'appelle encore le Zaïre accueille le combat du siècle, opposant George Foreman à Mohammed Ali, au stade du 20 Mai. Le match de boxe tiendra toutes ses promesses et rentrera dans la légende, Ali mettant KO Foreman au 8e round. Parallèlement, un autre événement de taille se mit cependant en place. A l'époque, les organisateurs ont en effet couplé le combat à un méga concert, qui a rassemblé quelques-unes des plus grandes stars de la musique soul: James Brown, les Spinners, Bill Withers, BB King, Celia Cruz et le Fania All Stars, Miriam Makeba... En '96, le documentaire When We Were Kings revenait brillamment sur la lutte entre Foreman et Ali. Il montrait cependant bien peu d'images du festival. Il y avait donc un film à faire. A la mort de James Brown, le réalisateur Jeffrey Levy-Hinte s'est donc décidé. Il a repris les images que n'avaient pas entièrement utilisées Leon Gast et a retracé l'épopée de ce Wood-stock afro-soul. Le résultat est épatant, de bout en bout. D'abord et avant tout, par la richesse du matériel sur lequel Levy-Hinte a pu mettre la main. Les caméras n'ont apparemment pas eu trop de mal à suivre l'organisation du concert et ses coulisses. Elles ont par exemple embarqué à bord du vol transatlantique, sur lequel les musiciens du Fania All Stars entameront une jam euphorique. Arrivés à Kinshasa, ils continueront sur le tarmac... C'est que le voyage n'est pas une virée comme une autre. Soul Power retranscrit en effet à merveille l'esprit qui pouvait guider, en partie, l'expédition. En 1974, le combat pour les droits civiques aux Etats-Unis a donné des résultats qui en Afrique trouve un écho dans les différentes luttes d'indépendance. Dans ce cadre-là, retrouver sur une même scène à la fois James Brown et Franco et TPOK Jazz, Miriam Makeba et Celia Cruz est forcément symbolique. Cela tient presque du retour d'exode . Comme le signal d'une identité noire qui a retrouvé une dignité et une fierté. Le militant Black Panther Stokely Carmichael est d'ailleurs présent à Kinshasa. "Tu ne vas quand même rien incendier ici", rigole Mohammed Ali... Certes, les questions financières ne sont jamais très loin - faut pas rêver. Mais ce sont bien l'enthousiasme et une vision panafricaine aussi naïve que touchante qui dominent. Dans la foulée, on découvre aussi une ville de Kinshasa inédite, à mille lieues du chaos actuel. La ville n'est pas encore surpeuplée, les routes et les bâtiments semblent en parfait état. Tranquille, Kin semble même par moments avancer au ralenti, sereine et tranquille. Pour combien de temps encore... Mais le plus spectaculaire reste encore les performances des musiciens présents. Le concert de James Brown - sa transe funk, ses cris stridents, ses grands écarts spectaculaires - reste évidemment le clou du festival. Mais il faut aussi voir Bill Withers, seul à la guitare acoustique, au milieu du stade. Ou encore les Spinners, en nage, combinant fluidités chorégraphiques et miel soul. Chacun des intervenants semble saisir à sa juste valeur l'importance du moment. " Soul power", hurlait le Godfather. Definitivement! Laurent Hoebrechts