Curtis Harding
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Curtis Harding DISTRIBUÉ PAR ANTI/PIAS. 7 On a un peu traîné à en parler, on l'avoue. Soul Power, premier album de Curtis Harding, est sorti en novembre dernier (et encore bien avant aux Etats-Unis). L'intéressé est même déjà passé dans le coin, au mois de décembre (un concert au débotté, donné dans un appartement saint-gillois). Malgré cela, le disque est jusqu'ici resté coincé en coulisses. Peut-être bien parce qu'il reste difficile à cerner? C'est plausible. Son titre aurait pourtant dû abréger toute longue discussion. Simple, net, propre, quasi creux à vouloir sonner si classique, il ne laisse pas beaucoup de doute sur les marottes de Curtis Harding, ni sur la musique qu'il entend proposer. Sans surprise, Soul Power est en effet un album de... soul. Mais pas seulement. Ou pas comme on aurait pu l'attendre. Au magazine Spin, Harding déclarait par exemple l'an dernier: "Je suis définitivement nourri par la soul, mais j'ai essayé de faire quelque chose que tout le monde pourrait écouter. Que vous aimiez la soul music, le garage, le punk." En jetant un oeil sur le parcours -éclaté- du bonhomme, on comprend mieux. Originaire d'Atlanta, Curtis Harding a grandi avec une mère chanteuse de gospel, avant de s'essayer au rap, puis de se retrouver à faire les choeurs pour Cee Lo Green (Crazy). Ces dernières années, il a cependant changé un peu de registre, troquant la casquette hip hop pour la veste en cuir du punk-rocker. Pote des Black Lips, il est ainsi devenu partie prenante de Night Sun, projet soul de Cole Alexander, fondateur et guitariste des pieds nickelés du rock garage US précédemment cités. Quand il sort son premier album, Harding signe également sur un label comme Burger Records, enseigne rock trashy californienne à l'esprit très DIY. How cool is that? C'est simple: cool au point de se voir contacter et "clipper" par Hedi Slimane, intégré au projet musical de la maison Saint Laurent (aux côtés de Marianne Faithfull, Daft Punk ou Kim Gordon)... Avec un CV pareil, Soul Power ne pouvait donc se contenter de simplement rabâcher. Certes, il est bien question ici de trousser principalement une soul vintage, lorgnant vers les années 60-70. A cet égard, Curtis Harding déboule dans un créneau déjà bien encombré -que cela soit par des authentiques vétérans revenus aux affaires, ou par la jeune génération en recherche de sensations rétro. Sans forcer, il réussit néanmoins à tirer son épingle du jeu. Notamment en appuyant les accents blues (Castaway, Drive My Car, Cruel World, les solis de Freedom...). Quand il ne dérive pas vers le funk laid-back (la basse de I Need A Friend), voire carrément vers le disco (Heaven's On The Other Side). Avec Surf, il ressort même des fripes garage rock qui n'auraient pas dépareillé sur l'un des derniers Black Lips. Il le fait avec une décontraction typique du genre, qui percole dans tout le reste du disque. A ce sujet, qu'elle soit "travaillée" ou pas compte finalement assez peu. L'important est plutôt que, même si ce dilettantisme freine par moment les ambitions de Soul Power, il lui donne une personnalité et un charme assez attachants. EN CONCERT LE 23/02, À L'ANCIENNE BELGIQUE, BRUXELLES. LAURENT HOEBRECHTS