À 90 printemps (depuis le 31 mai), Clint Eastwood a toujours bon pied, bon oeil, continuant à aligner les films avec une régularité de métronome. Richard Jewell, le dernier en date, s'inscrit dans une tendance récente de sa filmographie, qui l'a vu célébrer les héros ordinaires de l'Amérique - ainsi de Chesley Sully Sullenberger, le pilote de ligne qui avait sauvé les 155 passagers d'un vol New-York-Charlotte au prix d'un atterrissage audacieux sur la Hudson River, ou encore des trois G.I. qui avaient déjoué l'attaque terrorist...

À 90 printemps (depuis le 31 mai), Clint Eastwood a toujours bon pied, bon oeil, continuant à aligner les films avec une régularité de métronome. Richard Jewell, le dernier en date, s'inscrit dans une tendance récente de sa filmographie, qui l'a vu célébrer les héros ordinaires de l'Amérique - ainsi de Chesley Sully Sullenberger, le pilote de ligne qui avait sauvé les 155 passagers d'un vol New-York-Charlotte au prix d'un atterrissage audacieux sur la Hudson River, ou encore des trois G.I. qui avaient déjoué l'attaque terroriste à bord du Thalys Amsterdam-Paris, salués dans le bancal The 15:17 to Paris. Également inspirée de faits réels, l'histoire de Richard Jewell remonte à 1996, à l'occasion des Jeux olympiques d'Atlanta. Affecté à la surveillance du Centennial Olympic Park, Jewell (Paul Walter Hauser), un agent de sécurité ultra-zélé, décèle la présence d'une bombe dissimulée sous un banc. Et de donner l'alerte, sauvant ainsi la vie de dizaines de spectateurs d'un concert de Johnny Mack, et se voyant non moins prestement consacré héros national. Une gloire éphémère toutefois, Tom Shaw (Jon Hamm), l'inspecteur du FBI en charge de l'enquête, trouvant à ce vigile effacé vivant avec sa mère (Kathy Bates) un profil idéal de poseur de bombes solitaire, soupçons aussitôt relayés par Kathy Scruggs (Olivia Wilde), une journaliste aussi avide de scoops que peu regardante sur les moyens. Avec des effets dévastateurs, Jewell, un paria désormais, se voyant assailli de toutes parts, enquêteurs, médias et opinion confondus, avec pour seul recours un avocat sur le retour, Watson Bryant (Sam Rockwell). L'on comprend sans peine que cette histoire ait intéressé Eastwood, un cinéaste ayant fait de l'individu en butte au système une figure centrale de son oeuvre - "c'est une bonne embrouille à l'américaine", confie le réalisateur dans le making of. S'il s'inscrit dans le droit fil de celle-ci, Richard Jewell ne convainc cependant que modérément: passée une exposition classique, le naturel tant vanté du cinéaste confine ici à la nonchalance, tandis qu'en dépit d'une intrigue kafkaïenne, le film ne s'écarte qu'épisodiquement d'un ronron un brin mollasson. S'il en profite, au-delà de la légèreté coupable des limiers du FBI, pour dispenser un couplet prévisible sur la presse relayant complaisamment des "fake news", Clint épingle aussi une opinion versatile prompte à s'ériger en juge. Une situation dont Jon Hamm constate, en bonus, qu'elle n'a fait qu'empirer avec la "tweetosphère". De quoi donner au propos un surcroît de résonance...