Il faut bien le constater: en mettant la planète musicale sur sa tête, Internet n'a pas seulement fait tomber les anciennes hiérarchies, floutant toujours davantage les lignes de démarcation classiques entre entre indie et pop, bon goût et plaisirs coupables. Il a aussi permis de ne plus faire de distinction entre les époques. De fait, le revival est permanent, la rétromania un marché en perpétuelle extension. Alors qu'au mitan des années 90, le débat faisait encore rage pour savoir si les saillies passéistes d'un Lenny Kravitz ne sentaient pas un peu trop le patchouli, désormais l'adjectif vintage n'est pl...

Il faut bien le constater: en mettant la planète musicale sur sa tête, Internet n'a pas seulement fait tomber les anciennes hiérarchies, floutant toujours davantage les lignes de démarcation classiques entre entre indie et pop, bon goût et plaisirs coupables. Il a aussi permis de ne plus faire de distinction entre les époques. De fait, le revival est permanent, la rétromania un marché en perpétuelle extension. Alors qu'au mitan des années 90, le débat faisait encore rage pour savoir si les saillies passéistes d'un Lenny Kravitz ne sentaient pas un peu trop le patchouli, désormais l'adjectif vintage n'est plus un gros mot, et le terme rétro plus forcément un synonyme de ringardise. L'album de Silk Sonic en est la dernière preuve. Ravivant l'esprit soul seventies, le projet réunit deux têtes bien connues, Bruno Mars et Anderson .Paak. Le premier est devenu une superstar en surfant précisément sur le recyclage permanent des vieux tropismes soul, funk et r'n'b. Avec, il faut bien l'avouer, une application qui confinait parfois au génie -qui a pu résister à son abattage sur le Uptown Funk de Mark Ronson ou à la maestria new jack de Finesse? Le cas d'Anderson .Paak est plus compliqué. Si un disque comme Malibu n'a eu aucun mal à s'ancrer dans son époque, son auteur n'a jamais caché son admiration pour les grands maîtres, tels Michael Jackson, Prince, James Brown ou encore Stevie Wonder. Aujourd'hui, il l'affiche plus que jamais -au point de passer pour un sosie du dernier cité, sur la pochette de Silk Sonic... Cela faisait un moment que l'idée d'un disque en duo était dans l'air. En 2017 déjà, quand Anderson .Paak a assuré les premières parties du 24K Magic tour de Bruno Mars, les deux musiciens ont commencé à jammer ensemble, et enregistrer des premières démos. La démarche aboutit aujourd'hui à un premier album qui hésite en permanence entre l'hommage et la parodie, l'imitation et la révérence. Sont principalement convoqués ici des groupes comme les Delfonics ou The O'Jays. Soit deux légendes du Philly sound, cette version luxuriante de la soul music, pratiquée principalement durant les années 70. Sorti au printemps dernier, le tube Leave the Door Open avait déjà donné le ton, ballade chatoyante gorgée de choeurs coulants. Avec ses cordes omniprésentes, Skate est un autre exemple de cette soul à froufrous, tandis qu' After Last Night ose les miaulements amoureux, là où 777 se la joue funk braillard à la James Brown. Courte (à peine une demi-heure), l'entreprise bénéficie en outre de la bénédiction de Bootsy Collins, légende p-funk qui apparaît plusieurs fois en maître de soirée rigolard. Bien sûr, les clins d'oeil sont tout sauf subtiles. Ce qui sauve le binôme, c'est la décontraction de l'entreprise. Il faut le reconnaître, Mars et .Paak sont les derniers à se prendre au sérieux -" You smell better than a barbecue" , vraiment? , sur Skate. Ce qui n'empêche pas la parfaite maîtrise d'un ouvrage, certes sans prétention, mais où rien n'est laissé au hasard.