Claviériste et compositeur principal des Sparks, Ron Mael aura 75 ans en août, alors que son frère cadet, le chanteur Russell, en comptera 72 à l'automne, ce qui ne les place pas si loin de la génération Stones-Who-Kinks. Mais seule une ligne du temps comparable rapproche les trois légendes anglaises des frères américains, beaucoup moins prévisibles et bien plus productifs que les précités. Depuis leur formation à Los Angeles en 1968 sous le nom Halfnelson -rebaptisé en Sparks quatre ans plus tard- les Mael n'ont pas cessé de faire bouger les lignes, en particulier celles du style. Si l...

Claviériste et compositeur principal des Sparks, Ron Mael aura 75 ans en août, alors que son frère cadet, le chanteur Russell, en comptera 72 à l'automne, ce qui ne les place pas si loin de la génération Stones-Who-Kinks. Mais seule une ligne du temps comparable rapproche les trois légendes anglaises des frères américains, beaucoup moins prévisibles et bien plus productifs que les précités. Depuis leur formation à Los Angeles en 1968 sous le nom Halfnelson -rebaptisé en Sparks quatre ans plus tard- les Mael n'ont pas cessé de faire bouger les lignes, en particulier celles du style. Si leur premier grand succès ( This Town Ain't Big Enough for Both of Us) atterrit en plein glam-rock de 1974, ils naviguent ensuite entre le fuselage disco-électro produit par Giorgio Moroder ( Number 1 in Heaven en 1979 et Terminal Jive en 1980) et puis d'autres rivages tels que le quasi-sympho-rock de Lil'Beethoven en 2002 ou cet incongru opéra-pop de 2009, The Seduction of Ingmar Bergman. Toujours avec la voix de tête instantanément identifiable de Russell et une forme d'irrémédiable tongue in cheek dans les textes décalés et irrévérencieux. En 2017, après une autre expérience inattendue -un album et une tournée partagés avec Franz Ferdinand-, les Sparks décrochent leur plus gros succès commercial en quatre décennies avec Hippopotamus, punch de titres vitaminés. A Steady Drip, Drip, Drip surprend par l'ampleur de sa production et l'enthousiasme énergétique des quatorze chansons: si l'album était un fleuve, ce serait plutôt les chutes du Niagara que la Meuse. Un ensemble porté haut par la performance vocale de Russell. Le travail d'harmonies sur les voix relève souvent de la fine couture maniaque, par exemple dans l'impressionnant morceau qui boucle l'album. L'autre clé de réussite tient à l'épaisseur et à l'imagination des arrangements, parmi les plus sophistiqués du groupe: les claviers dominent un aréopage de cuivres, clap-hands, guitares électriques -avec solos...- et choeurs généreux. Cela sonne parfois comme une version space des Who sixties, que ce soit dans les riffs énervés de Sainthood Is Not in Your Future ou les la la la d'intro de Lawnmower. Chanson qui célèbre à la fois la tondeuse à gazon et la girlfriend, la logique sparksienne faisant de toute façon peu de différence entre humour et amour. Cette proverbiale ambiguïté trouve son idéal baroque dans Pacific Standard Time, Self-Effacing et le délicieux Stravinsky's Only Hit où le texte, traduit, donnerait à peu près ceci: " (C'est) le seul tube de Stravinsky/Il n'avait pas besoin de cash/Il a tout donné, il était désintéressé/À la NAACP (organisation de lutte pour les droits civils, NDLR) et à d'autres organismes de charité/Ses droits d'auteur pour aider les sans-abris". Ce qui est, on est bien d'accord, la première piste venant à l'esprit quand on pense au compositeur russe...