"J'ai sans cesse des idées, que je note dans un carnet, des centaines d'idées dont aucune ne pourrait faire un film à elle seule, mais qui, en se combinant, en se cristallisant, finissent par faire sens." Valéry Rosier ne travaille pas de manière linéaire, en suivant les règles supposées mener à l'écriture d'un bon scénario. Son regard sur la réalité et son désir de fiction se rejoignent sur une frontière qu'arpente de fascinante et attachante manière son premier long métrage après quelques courts très remarqués (Bonne nuit, Dimanches) et le documentaire Silence radio. Son travail avait déjà porté sur le thème "d'une société qui nous isole de plus en plus", un sujet qu'a rejoint pour Parasol celui du "tourisme de masse, une de ces choses qui me font un peu rire et qui me donnent dès lors l'envie d'aller voir ce qu'il y a derrière, comprendre par exemple pourquoi des gens vont s'enf...

"J'ai sans cesse des idées, que je note dans un carnet, des centaines d'idées dont aucune ne pourrait faire un film à elle seule, mais qui, en se combinant, en se cristallisant, finissent par faire sens." Valéry Rosier ne travaille pas de manière linéaire, en suivant les règles supposées mener à l'écriture d'un bon scénario. Son regard sur la réalité et son désir de fiction se rejoignent sur une frontière qu'arpente de fascinante et attachante manière son premier long métrage après quelques courts très remarqués (Bonne nuit, Dimanches) et le documentaire Silence radio. Son travail avait déjà porté sur le thème "d'une société qui nous isole de plus en plus", un sujet qu'a rejoint pour Parasol celui du "tourisme de masse, une de ces choses qui me font un peu rire et qui me donnent dès lors l'envie d'aller voir ce qu'il y a derrière, comprendre par exemple pourquoi des gens vont s'enfermer dans de petites prisons dorées où ils n'ont plus aucun choix, où on réfléchit à leur place..." Le jeune cinéaste formé à l'I.A.D. a aussi voulu questionner "l'infantilisation, le fait qu'on nous prend la main pour tout, comme si on voulait nous faire mettre une ceinture de sécurité dans une voiture à l'arrêt!" Le cinéma, même le bon, n'échappant pas au phénomène, lui qui si souvent s'empresse de mâcher la besogne au spectateur, de le mener du point A au point B dans un parcours émotionnel hautement balisé. Rosier ne fait pas ce genre de films. Et s'il nous emmène à Majorque, les sentiers qu'il emprunte dans Parasol sont tout sauf battus. "C'est l'île des paradoxes, avec une superbe vieille ville de Palma que les touristes ne voient pas car ils sont emmenés en bus, depuis l'aéroport, vers Placa de Palma où il n'y a que des Allemands, où tous les cafés sont des bierkelders, ambiance Oktoberfest, ou vers Magaluf où il n'y a que des Anglais, avec des pubs diffusant les matchs de la Premier League... Comme si on partait chercher le dépaysement sans être prêt à le vivre, en voulant en même temps rester à la maison... Comme si partir en vacances, c'était en fait retomber en enfance, repartir chez maman, qui s'occupait si bien de nous... Je crois que le film nous interroge sur ces parts d'enfance à conserver ou combattre: celle, positive, qui nous pousse à la curiosité, à aller vers l'inconnu, à se réinventer, à réaliser nos rêves, et celle qui au contraire nous limite en voulant trop sécuriser la vie." Le succès de Dimanches, plusieurs fois primé et vendu dans de nombreux pays, a permis à Valéry Rosier de réunir le budget de départ de Parasol: 15 000 euros... "Je suis d'abord parti seul, sac à dos, à Majorque, se souvient le réalisateur. J'hésitais encore entre une fiction et un documentaire mais j'ai tout de suite compris qu'un documentaire était exclu, parce que les gens ne séjournent là-bas qu'une semaine. Or j'ai besoin de plus de temps pour vivre cette sorte d'histoire d'amour avec les gens qu'est pour moi le tournage d'un docu... Voler deux ou trois images aux gens ne m'intéresse pas!" Ayant opté pour une fiction, le cinéaste est allé voir les journaux locaux, "pour leur demander de faire écho au projet en mentionnant une adresse e-mail et en disant que tout le monde pouvait jouer dans mon film. En quelques jours j'ai reçu 300 mails de gens qui voulaient en être!" Cette idée d'employer des comédiens non-professionnels, et de privilégier "des physiques inattendus", réussit à un Rosier que sa formation d'assistant-réalisateur a rendu des plus débrouillards. "Le film s'est lancé de lui-même, son scénario a évolué au gré des rencontres, et deux mois plus tard j'ai fait venir une mini-équipe (nous étions quatre au total). On a tourné une dizaine de jours. Puis on est rentrés, on a un peu monté. Et six mois plus tard on est repartis... Le tout a pris deux ans et trois tournages. Puis un producteur a apporté un peu plus d'argent (du tax shelter notamment), car faire un film avec 15 000 euros seulement n'est pas possible, en fait..." Parasol a été fait sans contrainte, en toute liberté, comme le rêvait son réalisateur. "J'ai eu le temps de me tromper, et j'adore me tromper car chaque erreur te fait progresser!", sourit un Valéry Rosier qui prend place aujourd'hui parmi les nouveaux cinéastes à suivre. Lui qui serait peut-être devenu ingénieur de gestion si, pendant ses études, il n'avait découvert le théâtre, puis surtout les films du regretté Ettore Scola. Lequel reste pour lui un modèle. RENCONTRE Louis Danvers