"Nothing Great About Britain"

Rien ne sonne comme les rues anglaises. C'est même grâce à cet "accent", cette insularité, que le rap britannique a pu cultiver sa propre identité, là où tant d'autres se sont contentés de s'aligner sur les curseurs américains. Prenez Slowthai, par exemple. Avec son premier album, et dès l'annonce de son titre, Tyron Frampton de son vrai nom a beau cracher sur son pays, il n'en reste pas moins foncièrement britannique. L'univers est clair, les références limpides. Avec des intonations qui rappellent par exemple souvent Dizzee Rascal, Slowthai raccroche aussi bien à la scène grime actuelle -le roi Skepta vient faire un tour sur Inglorious- qu'à The Streets ( Toaster, quasi pop) ou encore un groupe comme les Sleaford Mods ( Doorman). Sur le morceau-titre, il cite encore The Prodigy ( "They made me", dit-il avec un accent à la Keith Flint, le trublion énervé du groupe, récemment décédé), voire les Sex Pistols (s'adressant à la Reine, "I will treat you with the utmost respect only if you respect me a little bit Elizabeth, you cunt").

Né en 1994, à Northampton, à une heure de Londres, Slowthai a des origines irlandaises et des Barbades. Sa mère n'a que seize ans quand elle tombe enceinte -le père se barre très vite. Dans les logements sociaux du quartier de Spring Boroughs où il grandit, il voit la dèche, la drogue, la violence. Alors, forcément, Slowthai a la rage. Mais aussi de l'humour. C'est d'ailleurs cette gouaille qui fait en bonne partie le charme d'un premier album, tapant juste et bien.

Distribué par Universal. En concert le 16/08 au Pukkelpop.

7