Classique de la littérature japonaise, Chinmoku (Silence), de Shûsaku Endô, a fait l'objet, en 2016, d'une adaptation de Martin Scorsese, l'aboutissement modérément convaincant d'un projet qu'il nourrissait depuis une vingtaine d'années déjà. Figure de proue de la Nouvelle Vague nippone sans avoir la notoriété des Ôshima et autre Imamura, Masahiro Shinoda en...

Classique de la littérature japonaise, Chinmoku (Silence), de Shûsaku Endô, a fait l'objet, en 2016, d'une adaptation de Martin Scorsese, l'aboutissement modérément convaincant d'un projet qu'il nourrissait depuis une vingtaine d'années déjà. Figure de proue de la Nouvelle Vague nippone sans avoir la notoriété des Ôshima et autre Imamura, Masahiro Shinoda en signait, à l'orée des années 70, une première version, présentée à Cannes en 1972, et bénéficiant aujourd'hui, après restauration, d'une sortie en Blu-ray. Situé au XVIIe siècle, ce drame accompagne les pères Garrpe et Rodrigues, deux jésuites portugais débarquant clandestinement sur les côtes japonaises afin de reprendre une évangélisation entamée au siècle précédent, mais mise à mal par l'interdiction frappant la religion catholique. Non sans tenter de retrouver la trace de leur mentor, le père Ferreira, capturé cinq ans plus tôt par les autorités de Nagasaki. Le début d'un délicat voyage spirituel, nourri d'échanges multiples, mais pavé aussi de menaces, persécutions et autres exécutions de fidèles venus mettre leur foi à l'épreuve, jusqu'à ne leur laisser bientôt d'autre choix que l'apostasie ou la mort. Inscrit dans des paysages d'une stupéfiante comme implacable beauté, scandé de scènes d'une rare puissance, le film de Shinoda, qui s'attache plus particulièrement au chemin de croix du père Rodrigues, traduit ce questionnement dans toute sa violence, tout en mêlant enjeux spirituels et culturels. Soit une oeuvre austère et féconde à la fois, trouvant dans la sécheresse de sa mise en scène les accents d'une stimulante et suffocante étrangeté, soulignée encore par les intonations de la partition de Tôru Takemitsu.