Les adaptations de Shakespeare au cinéma se comptent... par centaines, faisant -et de loin- du Barde l'écrivain le plus porté à l'écran! Du muet au parlant, d'Angleterre au Japon, de Hollywood à Bollywood, les pièces du dramaturge de la fin du XVIe et du début du XVIIe siècle ont inspiré les transpositions les plus différentes, académiques ou révolutionnaires, littérales ou décalées, en costumes d'époque ou en habits modernes, avec ou sans respect de l'intégrité du texte. Les quatre films cités par ailleurs font partie des meilleurs et aussi, s'agissant du Romeo+Juliet de Baz Luhrmann, des adaptations les plus originales, radicales et différentes, comme peuvent l'être celles, somptueuses, picturales et pimentées de notations gay de Derek Jarman The Tempest (1979) et Edward II (1991). Ou le Richard III de Richard Loncraine (1995) imaginant une Angleterre des années 1930 alternative, dominée par un "führer" local. Ou encore le très inattendu Hamlet (2000) mis en scène par Michael Almeyreda dans le Manhattan d'aujourd'hui et dans le monde des affaires où il fait évoluer Ethan Hawke. Sans oublier bien sûr l'irrésistible West Side Story (Robert Wise, 1961) transposant Romeo And Juliet à l'univers de la rue des fifties où s'opposent des bandes urbaines d'ethnies concurrentes. Le tout sur la musique géniale de Leonard Bernstein, les paroles non moins inspirées de Steven Sondheim et la chorégraphie de Jerome Robbins.
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Les adaptations de Shakespeare au cinéma se comptent... par centaines, faisant -et de loin- du Barde l'écrivain le plus porté à l'écran! Du muet au parlant, d'Angleterre au Japon, de Hollywood à Bollywood, les pièces du dramaturge de la fin du XVIe et du début du XVIIe siècle ont inspiré les transpositions les plus différentes, académiques ou révolutionnaires, littérales ou décalées, en costumes d'époque ou en habits modernes, avec ou sans respect de l'intégrité du texte. Les quatre films cités par ailleurs font partie des meilleurs et aussi, s'agissant du Romeo+Juliet de Baz Luhrmann, des adaptations les plus originales, radicales et différentes, comme peuvent l'être celles, somptueuses, picturales et pimentées de notations gay de Derek Jarman The Tempest (1979) et Edward II (1991). Ou le Richard III de Richard Loncraine (1995) imaginant une Angleterre des années 1930 alternative, dominée par un "führer" local. Ou encore le très inattendu Hamlet (2000) mis en scène par Michael Almeyreda dans le Manhattan d'aujourd'hui et dans le monde des affaires où il fait évoluer Ethan Hawke. Sans oublier bien sûr l'irrésistible West Side Story (Robert Wise, 1961) transposant Romeo And Juliet à l'univers de la rue des fifties où s'opposent des bandes urbaines d'ethnies concurrentes. Le tout sur la musique géniale de Leonard Bernstein, les paroles non moins inspirées de Steven Sondheim et la chorégraphie de Jerome Robbins. Le Much Ado About Nothing de Joss Whedon prend place parmi les plus inattendus et les plus convaincants paris faits sur la modernité du Barde. La brillante comédie de Shakespeare avait déjà eu l'honneur d'une énergique et très plaisante adaptation de Kenneth Branagh au début des années 90. L'acteur et réalisateur britannique avait transposé l'action de Sicile en Toscane, mais en respectant les règles du film d'époque, en costumes bigarrés. Les personnages de la nouvelle version sont vêtus à la mode d'aujourd'hui, et l'action se situe de nos jours, dans le décor d'une villa hollywoodienne -en fait la propre maison de son réalisateur Joss Whedon, connu pour ses réussites à la télévision (Buffy The Vampire Slayer, Angel, Firefly, Dollhouse) et au cinéma pour avoir écrit et réalisé The Avengers, triomphe commercial qui l'a porté au sommet du système et auquel il prépare -pour 2015- une suite intitulé The Avengers: Age Of Ultron. C'est durant un break de deux semaines dans la production du premier Avengers que Whedon a invité chez lui quelques amis comédiens et leur a proposé de tourner... en douze jours et avec un micro-budget, l'adaptation de Much Ado About Nothing que célèbre aujourd'hui la critique internationale. De quoi donner une nouvelle dimension au concept de "home movie"... "Avant Shakespeare, explique le nouvel enfant chéri d'Hollywood, il y a eu cette maison que ma femme a dessinée (Kai Cole, coproductrice des films de Joss Whedon, est diplômée en architecture, ndlr), et qui doit être une des plus belles villas de Los Angeles. J'avais une envie folle d'y tourner un film, intimiste, sans argent, en totale indépendance. Mon seul regret est de ne pas avoir eu de steady-cam pour en restituer la fluidité des lignes menant d'une pièce à l'autre..." Si Shakespeare s'est invité dans le projet, c'est parce qu'il y était... déjà, sous la forme de soirées données régulièrement et depuis des années par Whedon pour ses amis comédiens et scénaristes autour de lectures de pièces du Barde et de dégustations de vins fins. "Le choix s'est porté sur Much Ado car les lieux s'y prêtaient avec leur élégance, la présence de recoins d'où l'on pouvait épier, et de transparences où l'on pouvait échanger des confidences sans être observé. On aurait aussi pu faire un bon Hamlet dans cette maison, mais alors il aurait fallu tout repeindre en couleurs plus sombres... " Si le choix s'est porté sur cette pièce spécifique, une des meilleures comédies de Shakespeare avec Twelfth Night, c'est aussi "pour sa grande modernité: elle n'est pas écrite en vers, ses dialogues ont des allures de vraie conversation, et la structure narrative est familière au spectateur puisqu'elle a été imitée par toutes les comédies romantiques écrites depuis!", commente Joss Whedon qui ajoute y voir en plus "une certaine noirceur sous la surface, un cynisme et une acidité qui me rappellent les grandes comédies de Billy Wilder et de Preston Sturges: on rit de choses au fond cruelles et déprimantes, mais on rit!" Les acteurs du film sont presque tous des interprètes familiers du réalisateur, Amy Acker (The Cabin In The Woods, Angel, Dollhouse)et Alexis Denisof (The Avengers, Angel)en tête. Ils incarnent Béatrice et Bénédict, qui ne cessent de se confronter et dont un subterfuge va révéler les doux sentiments qu'en fait ils se portaient sans le savoir... ou vouloir l'admettre. "Ce sont des comédiens expérimentés de Shakespeare, et comme le texte est tout ou presque dans son art... J'aime le rythme dans le texte shakespearien, proche des films noirs réalisés par Howard Hawks dans les années 40 (1). Cela va fort et vite (il claque dans ses doigts, ndlr), ça percute, ça frappe sans compromis... et ça a quelque chose à dire, surtout!" En l'occurrence, ce que dit Shakespeare dans Much Ado s'inscrit, pour Joss Whedon, dans une perspective clairement féministe. "Béatrice est probablement la plus moderne des héroïnes shakespeariennes, explique le réalisateur, et je me rends de plus en plus compte à quel point ce personnage, aimé dans ma jeunesse de lecteur, a pu m'influencer dans la création d'héroïnes rebelles et conquérantes telles que Buffy. Le discours que tient Béatrice dans Much Ado About Nothing est tellement ouvertement féministe, et l'interprétation qu'en donne Amy m'a cloué sur place! La rage et la vérité qu'il contient sont extraordinaires, enthousiasmantes... Et ça n'a rien perdu de son urgence, quand on voit comment évolue le monde autour de nous, à quel point les femmes y sont encore un peu partout victimes. Cela fait 500 ans que Béatrice proteste, mais le monde ne l'a toujours pas écoutée!" Joss Whedon en a d'ailleurs encore récemment fait l'expérience, quand son projet de relancer au cinéma le personnage de Wonder Woman n'a pas pu aboutir, la société Marvel Comics (qui a les droits sur le personnage) estimant impossible de produire un film de super-héros qui ne soit pas mené par un héros masculin... Interrogé sur ses adaptation préférées de Shakespeare par d'autres réalisateurs, Whedon s'empresse de citer le Much Ado About Nothing de Branagh. "Mais j'ai, poursuit-il, un grand intérêt pour le Hamlet que jouait Ethan Hawke. J'aime beaucoup Romeo+Juliet mais sans doute plus ce qui relève de Baz Luhrmann que du texte. Je trouve aussi très intéressantes deux versions d'Othello, celle d'Orson Welles et celle que joue Lawrence Fishburne. Quelle modernité dans cette dernière version!" Une modernité que, pour sa part, le cinéaste souligne dans Much Ado About Nothing par un net accent mis sur la dimension sexuelle des choses. Absolument fidèle au texte original, il a néanmoins infiltré les espaces que les mots lui laissaient pour filmer des situations permettant de "faire monter la température." "Je pense, conclut-il avec un sourire gourmand, que le Barde lui-même aurait mis plus de sexe dans ses pièces, s'il y avait été autorisé! Au lieu de quoi il en a placé très habilement dans plein de sous-entendus, d'allusions, de références aux liens passés des personnages, dans ses scènes de séduction, aussi, où les mots utilisés en font très volontairement venir d'autres, plus explicites, à l'esprit..." (1) UNE RÉFÉRENCE TEMPORELLE QUE WHEDON UTILISE AUSSI POUR JUSTIFIER EN BONNE PARTIE SON CHOIX D'UN NOIR ET BLANC "FAÇON FILM NOIR ÉLÉGANT, SOPHISTIQUÉ". TEXTE Louis Danvers