On aurait tort de résumer Seven Seconds à la somme des séries antérieures dont elle parait convoquer le style, les préoccupations, l'attrait pour les zones de gris ( The Wire, American Crime...). Pour réaliser la radioscopie des plaies éternelles de l'Amérique (racisme, misère sociale, crise des institutions et de la transmission...), Veen...

On aurait tort de résumer Seven Seconds à la somme des séries antérieures dont elle parait convoquer le style, les préoccupations, l'attrait pour les zones de gris ( The Wire, American Crime...). Pour réaliser la radioscopie des plaies éternelles de l'Amérique (racisme, misère sociale, crise des institutions et de la transmission...), Veena Sud, sa créatrice ( The Killing), prend le mal à la racine, n'attaque pas le symptôme mais les causes profondes. Ne questionne pas le comment mais le pourquoi. La mort d'un jeune Afro-Américain, après plusieurs heures d'agonie, maquillée par des policiers blancs aussi ripoux que mus par l'instinct de préservation, va allumer la mèche. Et révéler, bien avant les tensions raciales (écho évident aux violences policières envers les Afro-Américains), les biais et les assignations figés jusque dans la chair et le coeur des institutions, comme des femmes et hommes qui les composent. Au premier rang desquels K.J. Harper (Clare-Hope Ashitey), procureure autodestructrice et Joe "Fish" Rinaldi (Michael Mosley), flic cocu au grand coeur, chargés de l'affaire. Patiemment, au bout de dix épisodes riches d'intrigues secondaires et de suspense, l'enquête défait couche par couche l'entreprise de falsification et de dissimulation. Aucun obstacle, aucune épreuve ni émotion réelle ne nous seront épargnés sur le chemin d'une pax americana aussi nécessaire qu'irréaliste, jalonné de superbes moments de grâce. Le second épisode, réalisé par Jonathan Demme, permet de voir de manière posthume le dernier travail du réalisateur du Silence des Agneaux.