Simon Laperrière a une passion qui devrait être honteuse. Cette passion, ce n'est pas celle dont il a tiré plusieurs livres, co-signés avec le grand encyclopédiste du "bad taste" qu'est Antonio Dominguez Leiva, relatifs à la nanarophilie ou aux snuff movies -livres publiés chez l'inénarrable é...

Simon Laperrière a une passion qui devrait être honteuse. Cette passion, ce n'est pas celle dont il a tiré plusieurs livres, co-signés avec le grand encyclopédiste du "bad taste" qu'est Antonio Dominguez Leiva, relatifs à la nanarophilie ou aux snuff movies -livres publiés chez l'inénarrable éditeur dijonnais Le Murmure. C'est plutôt celle qu'il porte au plus grand barde de l'histoire de la musique pop, Bob Dylan, et en particulier à son flirt aussi incessant que volontaire avec le cinéma. Series of Dreams, du titre d'une chanson composée par Dylan à la fin des années 80, explore avec la passion d'un entomologiste un peu geek les dizaines d'apparitions du chanteur comme acteur, réalisateur, personnage -quand ce n'est pas la manière dont ses textes citent tel film ou telle vedette. De Pat Garrett et Billy the Kid de Sam Peckinpah à I'm Not There de Todd Haynes, de Watchmen à High Fidelity, du plus tarte au plus chic, du plus high-brow aux pires égarements, Laperrière ne loupe rien. Cela donne à son livre l'allure d'un catalogue retors, presque pervers, qui passerait en revue l'étrange fascination de Dylan pour le cinéma de la même manière que le faisait Havelock Ellis avec les pratiques sexuelles de ses contemporains. C'est souvent beau, parfois hilarant, toujours obsessionnel et de part en part dépourvu du moindre recul vis-à-vis de la figure de Dylan. Bref, c'est l'exercice de fan ultime.