Adapter à la réalité contemporaine américaine la mini-série culte d'Ingmar Bergman Scenes from a Marriage: le pari était aussi ambitieux qu'audacieux. Il est relevé avec maestria par Hagai Levi et ses deux comédiens, Jessica Chastain et Oscar Isaac, donnant à cette exploration du couple moderne dans tous ses états des contours vertigineux. Consacrant, en 1973, le retour de Bergman à la télévision, Scenes from a Marriage devait avoir un impact considérable, le dernier des six épisodes étant suivi par la moitié de la population suédoise (le taux de divorce grimpant dans la foulée à 26 000 dans l'année contre 16 000 habituellement). Le réalisateur de Persona s'y livrait à la radiographie d'un couple -Liv Ullmann...

Adapter à la réalité contemporaine américaine la mini-série culte d'Ingmar Bergman Scenes from a Marriage: le pari était aussi ambitieux qu'audacieux. Il est relevé avec maestria par Hagai Levi et ses deux comédiens, Jessica Chastain et Oscar Isaac, donnant à cette exploration du couple moderne dans tous ses états des contours vertigineux. Consacrant, en 1973, le retour de Bergman à la télévision, Scenes from a Marriage devait avoir un impact considérable, le dernier des six épisodes étant suivi par la moitié de la population suédoise (le taux de divorce grimpant dans la foulée à 26 000 dans l'année contre 16 000 habituellement). Le réalisateur de Persona s'y livrait à la radiographie d'un couple -Liv Ullmann et Erland Josephson- dont le mariage entrait en zone de turbulences après qu'il avait annoncé à sa femme avoir une liaison. " Son honnêteté brutale, son minimalisme radical et sa confiance absolue dans le texte et les comédiens ont depuis constitué des points de référence pour l'ensemble de mon travail", observe Hagai Levi, réalisateur de la série In Treatment notamment, à qui a été confiée l'adaptation de la mini-série. Ces qualités, on les retrouve aujourd'hui dans les cinq épisodes qui composent la version 2021 de Scenes from a Marriage, mini-série gravitant autour de Mira et Jonathan (Jessica Chastain et Oscar Isaac), un couple avec une fillette, Ava (Lily Jane), que l'on découvre alors qu'ils sont questionnés par une étudiante sur la réussite de leur mariage. Et de vanter l'équilibre de leur relation où Mira assure l'essentiel des revenus du couple en s'épanouissant dans sa carrière de cadre supérieure, tandis que Jonathan veille sur leur fille en effectuant une bonne partie de son travail de prof de philo à domicile, en quelque inversion assumée des rôles tels qu'ils étaient traditionnellement définis (reproduite, d'ailleurs, à l'échelle de la narration de la série, dont Mira imprime le ton). Soit une harmonie apparente (même si pas toujours raccord avec le langage des corps), et la vision d'un couple ayant fait le choix de la sécurité, encore qu'il y ait là diverses failles souterraines, qu'une décision aux conséquences insoupçonnées va venir mettre à jour. À la suite de quoi la série va observer le délitement d'abord insensible de leur relation, suivant une mécanique implacable que même l'amour qui continue à les lier ne saurait apparemment enrayer. Ce processus, Hagai Levi le met en scène avec une précision toute chirurgicale, auscultant leur relation sous toutes ces facettes, alors que la série suit la valse de leurs sentiments exacerbés, amour, haine, malentendus, ressentiment et autres, avec en toile de fond des motifs familiers -mariage, adultère, séparation, divorce... Si la densité et l'intensité du propos ne sont pas à souligner, il émane aussi de ces Scenes from a Marriage un profond sentiment de vérité. Le mérite en revient à Hagai Levi, bien sûr, dont la mise en scène est la compagne fluide des évolutions et des joutes verbales de ses deux protagonistes, mais plus encore à son imparable duo de comédiens. Amis de longue date, déjà réunis à l'écran précédemment par J.C. Chandor dans A Most Beautiful Year, Jessica Chastain et Oscar Isaac tirent un parti maximal de leur évidente complicité. Leur couple ballotté par la houle n'apparaît par endroits que trop vrai, affrontant ce champ de bataille intime avec une justesse donnant au propos une ampleur douloureuse. Tout simplement magistral.