De Steven Spielberg. Avec Tom Hanks, Tom Sizemore, Edward Burns. 2 h 49. Dist: Paramount.
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De Steven Spielberg. Avec Tom Hanks, Tom Sizemore, Edward Burns. 2 h 49. Dist: Paramount. Sa seule séquence d'ouverture vaudrait au film de Steven Spielberg une place dans les anthologies du cinéma de guerre et du 7e art en général. Cette reconstitution du débarquement sur Omaha Beach, en Normandie, le 6 juin 1944, atteint des sommets de réalisme proprement hallucinants. Nous nous y retrouvons, presque sans prévenir, au c£ur même du déluge de balles et d'obus qui s'abat sur les troupes américaines avant même qu'elles n'aient quitté l'eau pour le sable de la plage. Les projectiles pénètrent les vagues et la chair, le sang se mélange à l'écume, les corps se trouent et se démembrent sous la puissance explosive des shrapnels. Vécu de l'intérieur, l'assaut meurtrier autant que décisif nous est longuement imposé, avec une force et une horreur organiques jamais atteintes par aucun autre film de guerre avant ce 24 juillet 1998, jour où sortit aux Etats-Unis Saving Private Ryan (1). La réalisation de cette scène majeure fait l'objet, dans la nouvelle édition Blu-ray et parmi de nombreux bonus, d'un supplément passionnant. Mais aussi marquante qu'elle soit, elle n'est que le prélude à l'histoire que Steven Spielberg entend nous narrer. L'histoire d'un jeune soldat (joué par Matt Damon) dont les 3 frères également engagés dans la guerre ont tous été tués. Membre de la 101e division aéroportée, il a été parachuté derrière les lignes allemandes, et on ne sait s'il est encore vivant. Mais la hiérarchie militaire a fait un objectif de retrouver ce militaire pour éviter à sa mère de perdre son dernier enfant, et poser un acte symbolique d'humanité au c£ur d'un conflit atteignant des sommets de violence. Tom Hanks campe le capitaine qui doit, avec un petit groupe de soldats, mener à bien la surprenante autant qu'importante mission. Comme toujours chez Spielberg, un questionnement moral se retrouve au centre du spectacle par ailleurs assumé comme tel avec tous les moyens matériels et créatifs possibles. Au fil de la progression du commando, et des pertes subies, des interrogations se lèveront quant à savoir si une seule vie, celle d'un disparu qui pourrait l'avoir déjà perdue, vaut le sacrifice de plusieurs autres. Le réalisateur met beaucoup de soin à conjuguer l'évocation collective du conflit et le récit plus intime de la quête d'un groupe restreint, pris entre la grande et la petite Histoire, entre le devoir militaire et celui de simplement survivre. Ces 2 derniers venant parfois à se confondre, dans un chaos que Spielberg ne cherche pas à masquer d'une couche trop voyante d'héroïsme convenu. l (1) L'Europe attendant fin septembre et un passage au Festival de Deauville pour voir débarquer le film dans ses salles. Louis Danvers