Better Call Saul (saison 2)
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Better Call Saul (saison 2) UNE SÉRIE AMC CRÉÉE PAR VINCE GILLIGAN ET PETER GOULD. AVEC BOB ODENKIRK, JONATHAN BANKS, RHEA SEEHORN. DIST: SONY. 8 Bob Odenkirk est un génie de la comédie. Jonathan Banks l'est également, dans un registre différent. L'un et l'autre avaient donné à la redoutable Breaking Bad ce supplément d'âme que seuls de seconds rôles soignés peuvent apporter à une série réussie. Bonne nouvelle: dans Better Call Saul, les deux acteurs ont tout l'espace et le temps nécessaires pour déployer leur talent. C'est l'une des particularités de la série imaginée par Vince Gilligan, le père de Breaking Bad, et son acolyte Peter Gould: se donner le temps. Oser les circonvolutions, les détours. Ne pas chercher l'action pour l'action. Et faire évoluer doucement le personnage de Jimmy McGill (Bob Odenkirk). Quitte à patiner un peu, parfois. Pas grave. Avant de devenir Saul Goodman, avocat véreux mais rigolo de l'inquiétant Walter White, l'homme s'appelait en effet Jimmy McGill. La première saison de Better Call Saul nous présentait le coco, ancien escroc à la petite semaine reconverti dans la loi, toujours à la petite semaine. Dans l'ombre de son grand frère, avocat austère et frappé d'une maladie psychosomatique invalidante, Jimmy tentait de survivre entre petits dossiers et cas foireux, en essayant tant bien que mal de ne pas succomber à ses vieux démons de l'arnaque. Il y revient, dans le début de cette deuxième saison, et ses petites combines sont savoureuses à regarder. Puis il reprend son destin en mains, succombe à l'appel de la vie bonne, la vie morale. L'enjeu? Un gros dossier récolté à la sueur de son front et de sa roublardise, et toujours la rivalité avec un grand frère qui ne demande qu'à l'enfoncer. En parallèle, Mike Ehrmantraut (Jonathan Banks), ex-flic au sang-froid redoutable devenu homme de main/garde de sécurité/consultant en crime, tente toujours de renouer avec sa belle-fille, tout en s'opposant de manière ingénieuse aux caïds locaux. Le tout avec le second degré permanent qui caractérise l'imaginaire de Vince Gilligan. Le coup de génie de Better Call Saul, c'est ça: offrir une intrigue humaine, pleine d'autodérision, et surtout portée par un personnage central un peu pathétique, mais jamais ridicule. Bob Odenkirk excelle dans cette partition: jamais Jimmy ne tombe dans la caricature, on s'y attache comme à un vieux pote un peu foireux, mais dont on connaît la capacité à retomber sur ses pattes. Avec l'aide des deux vétérans que sont Odenkirk et Jonathan Banks -qui prête à Mike Ehrmantraut son visage impassible et son regard mystérieux dans des noeuds narratifs secondaires mais savoureux-, Vince Gilligan et Peter Gould troussent ainsi une série à la subtilité incontestable, magistralement sous-estimée, mais ô combien jouissive. On est loin du baron de la drogue cancéreux et finalement démoniaque de Breaking Bad, le ton est un tantinet plus léger: mais le combat intérieur de Jimmy/Saul n'est pas moins interpellant. GUY VERSTRAETEN