"Early in the Mornin'"

Cueilli d'entrée de jeu par un furieux solo de saxophone alto, signé par le trop mésestimé Oliver Lake, Early in the Mornin' annonce d'entrée de jeu la couleur: fini les ambiances froides sinon glacées qui, trop souvent, sont celles de la musique improvisée d'au...

Cueilli d'entrée de jeu par un furieux solo de saxophone alto, signé par le trop mésestimé Oliver Lake, Early in the Mornin' annonce d'entrée de jeu la couleur: fini les ambiances froides sinon glacées qui, trop souvent, sont celles de la musique improvisée d'aujourd'hui, place au blues éternel célébré à travers quelques "traditionnels" comme le précité, Murderer's Home, Black Betty ou Lonesome Road Blues, mais aussi par des compositions nées de la plume de son leader, Samuel Blaser. Le blues, semble nous dire le tromboniste, même s'il est né à un moment précis de l'Histoire au sein d'une communauté martyrisée, appartient à l'humanité toute entière. Et Blaser de se l'approprier avec humilité mais sans renoncer pour autant à sa liberté de soliste et ses prérogatives de compositeur qu'illustrent, notamment, Levee Camp Moan Blues (où l'on retrouve à nouveau Lake, pour un duo saxophone/trombone décapant auquel se mêle la trompette de Wallace Roney) ou, encore, le modal et abstrait Mal Blues. Entouré du pianiste (et autres claviers électro-acoustiques), Russ Lossing, du bassiste Masa Kamaguchi et du maître batteur Gerry Hemingway, Samuel Blaser nous offre, avec cet album roboratif mais loin d'être dénué, pour autant, de poésie, son plus beau disque à ce jour.