Révélé en 2003 par Le Retour, Lion d'or à Venise, Andreï Zviagintsev s'est imposé par la suite comme le peintre inspiré et sans complaisance d'une Russie contemporaine dont son cinéma cristalliserait la déshumanisation croissante en quelque constat aussi glaçant que désespéré. Ainsi donc de Loveless (Faute d'amour), son cinquième long métrage, conte moral d'un noir d'encre faisant écho à son précédent Elena. Le réalisateur y met en scène un couple en instance de divorce, Boris (Alexei Rozin) et Genia (Mariana Spivak), s'écharpant autour de la vente de leur appartement, ...

Révélé en 2003 par Le Retour, Lion d'or à Venise, Andreï Zviagintsev s'est imposé par la suite comme le peintre inspiré et sans complaisance d'une Russie contemporaine dont son cinéma cristalliserait la déshumanisation croissante en quelque constat aussi glaçant que désespéré. Ainsi donc de Loveless (Faute d'amour), son cinquième long métrage, conte moral d'un noir d'encre faisant écho à son précédent Elena. Le réalisateur y met en scène un couple en instance de divorce, Boris (Alexei Rozin) et Genia (Mariana Spivak), s'écharpant autour de la vente de leur appartement, accaparés qu'ils sont l'un comme l'autre par leur nouvelle relation et un avenir ne laissant, à l'évidence, guère de place à Aliocha (Matveï Novikov), leur gamin de douze ans. Jusqu'au jour où ce dernier disparaît, les recherches s'organisant bientôt dans l'indifférence policière... Citant Bergman, Zviagintsev orchestre ce drame intime suffocant avec sa virtuosité coutumière, signant une oeuvre d'une rigueur méthodique et implacable. Enraciné dans un conflit familial, Loveless déborde bientôt de ce cadre pour s'ériger en photographie blafarde d'une Russie aux allures de champ de ruines, égoïsme, indifférence, repli sur soi et impuissance pavant une désagrégation morale figée dans la pâleur définitive de l'hiver. Soit un film brillant, même si trop appuyé par endroits, pour un propos à la résonance universelle... Prix du jury à Cannes, Faute d'amour aurait pu prétendre à mieux encore. Lointainement inspiré de Dostoïevski, Une femme douce, du cinéaste ukrainien Sergei Loznitsa ( In the Fog), passe également la Russie de Vladimir Poutine au crible d'un regard acéré. Chronique kafkaïenne, le film accompagne une femme -Vasilina Makovtseva, stupéfiante- décidant d'aller remettre en mains propres à son mari emprisonné un colis lui étant revenu par la poste sans plus d'explications. Et de se heurter bientôt, impassible ou groggy c'est selon, aux lourdeurs de l'administration et à la vilenie du monde, ce road-trip déglingué oscillant entre bouffonnerie et cruauté, entre absurdité et désespoir. Ce chemin de croix imprégné de l'âme russe, Une femme douce l'emprunte avec une opiniâtreté jusqu'au-boutiste faisant du film une expérience assurément peu banale. Loznitsa ne s'embarrasse guère de nuances, et la grandiloquence tutoie ici les abîmes, pour un résultat incertain, le tableau final en particulier, lesté de guignol sous inspiration fellinienne, déforçant quelque peu cette critique d'une rare virulence. Pas de bonus, dans un cas comme dans l'autre, mais le constat se suffit largement à lui-même: Russie, morne plaine...