Comme souvent aux éditions du Tripode, ce texte signé d'une mystérieuse "Julia" désarme autant qu'il intrigue. Consacré aux aventures plutôt banales d'une esthéticienne trichotillomane étrangement prénommée Roulio, fraîche débarquée en la capitale française d'un Marseille natal et d'un Québec de récente émigration, le roman déconcerte...

Comme souvent aux éditions du Tripode, ce texte signé d'une mystérieuse "Julia" désarme autant qu'il intrigue. Consacré aux aventures plutôt banales d'une esthéticienne trichotillomane étrangement prénommée Roulio, fraîche débarquée en la capitale française d'un Marseille natal et d'un Québec de récente émigration, le roman déconcerte d'entrée de jeu, tant l'intégralité des éléments narratifs proposés, certes épicés à la sauce bizarre, ne s'élèvent pas très haut sur l'échelle de l'édifiant: bientôt chômeuse, confidente d'un clochard et colocataire de chats hystériques, l'inépuisable Roulio tisse une histoire d'amour étrange avec un voisin un poil masochiste, avec, tapie dans l'ombre, une vieille mamy ingérable. Malgré cette trame qui, sous une plume pâlotte, suffirait à le reléguer définitivement au rayon des romances à l'eau de rose (voire en cale de meuble esquinté), Roulio fauche le poil intrigue surtout, à l'instar de ce titre complètement barge, par la langue tapageuse qui s'y déploie: irrespectueuse d'à peu près toutes les conventions, elle tambourine et glougloute comme l'hybride improbable d'une multitude d'argots, registres et usages langagiers. "Dans ma tête, ça sent la térébenthine et le croque-mitaine émacié", déclare à ses interlocuteurs interloqués, sans distinction de proximité ni de polie bienséance, une Roulio qui n'arrête jamais de mitrailler ses créations orales, dans un monde parallèle où les SDF ont "la Grande Ourse pour toit de couche" et ses Converse la couleur "des grappes de raisin brunies au soleil". À l'arrivée, une vraie réussite, malgré des pages entières frôlant la catastrophe.