On a connu des noms de scène plus offensifs. En l'occurrence, ce n'est pas tant que Noname cherche l'anonymat: derrière le pseudo impersonnel, la jeune rappeuse/poétesse Fatimah Nyeema Warner ne s'est jamais vraiment cachée. En 2016, elle sortait déjà un premier album, intitulé Telephone, largement commenté. Et si elle ne collectionne pas les unes de magazines et se montre fort peu active sur les réseaux sociaux (euphémisme), il suffit de taper son nom sur Google pour recueillir infos et photos. Pas de mystère donc. Mais par contre, la volonté de fuir au maximum les étiquettes, de ne pas se laisser...

On a connu des noms de scène plus offensifs. En l'occurrence, ce n'est pas tant que Noname cherche l'anonymat: derrière le pseudo impersonnel, la jeune rappeuse/poétesse Fatimah Nyeema Warner ne s'est jamais vraiment cachée. En 2016, elle sortait déjà un premier album, intitulé Telephone, largement commenté. Et si elle ne collectionne pas les unes de magazines et se montre fort peu active sur les réseaux sociaux (euphémisme), il suffit de taper son nom sur Google pour recueillir infos et photos. Pas de mystère donc. Mais par contre, la volonté de fuir au maximum les étiquettes, de ne pas se laisser enfermer. D'où aussi, on imagine, la volonté de fonctionner jusqu'ici de manière indépendante, sans jamais déléguer le boulot à un label. C'est encore le cas avec son nouveau Room 25, entièrement autoproduit. Au storytelling maîtrisé de Telephone, Noname ajoute désormais un côté plus intime, sans verser pour autant dans le grand déballage. Résultat: Room 25 est un vrai petit bijou de hip-hop soulful et chaleureux. Née en 1991, Fatimah Warner a grandi dans le quartier de Bronzeville, au sud de Chicago. Avec Kanye West, Common ou Chief Keef, la ville est aussi celle de Chance the Rapper. C'est à ses côtés que l'on a découvert la jeune femme (notamment le titre Lost sur la mixtape Acid Rap, en 2013). En commun, un même sens de l'indépendance, et du rap qui cherche moins la frime bling bling que la rime bienveillante. Cette attitude, ils la partagent avec d'autres, comme Saba (dont on vantait les qualités de son récent Care For Me, dans ces mêmes colonnes, en mai dernier). Il est présent ici sur le titre Ace (avec Smino). Le morceau en question donne bien le ton de Room 25, à la fois direct, sincère et hospitalier. "I'm just writing my darkest secrets", y raconte Noname. Comme sur Don't Forget About Me, qui parle maladie, mort et disparition, avec une délicatesse rare ( "All her hair gone/ Feeling fishy, Finding Chemo/ Smoking seaweed for calm / These Disney movies too close"). Pour autant, la confession évite de virer à la séance psy: ayant déménagé aujourd'hui à Los Angeles, où elle avoue fréquenter davantage les comedy clubs que les scènes rap, la jeune femme pratique régulièrement le second degré salvateur. "Maybe this is the album you listen to in your car/When you driving home late at night/Really questioning every god, religion, Kanye, bitches", glisse-t-elle par exemple en intro, sur Self. Produit avec son camarade Phoelix, Room 25 a les couleurs chaudes d'un album de (néo-)soul, nuancé d'accents jazz et hip-hop, quelque part entre Erykah Badu et Jill Scott. Il assume aussi une certaine nonchalance, qui n'est jamais de l'indolence, mais bien davantage une marque de pudeur. C'est que Noname a bien trop peur de se faire coincer, ranger dans une case. Au règne de la fake news, elle préfère celui de la vague news. Un art du flou, de la nuance et de l'équilibre instable qui, dans une époque qui carbure aux certitudes bas du front, fait du bien.