Plateforme de streaming à l'ADN cinéphile, Mubi propose, pour quelques semaines encore, deux petits bijoux de science-fiction vintage bien dans l'air anxiogène du temps, The Last Man on Earth, réalisé en 1964 par le tandem Ubaldo Ragona et Sidney Salkow, et le bien nommé The End, un court métrage expérimental tourné une dizaine d'années plus tôt par Christopher Maclaine. Première adaptation au cinéma du roman Je suis une légende, de Richard Matheson (il y aurait ensuite The Omega Man, de Boris Sagal avec Charlton Heston, et I am Legend...

Plateforme de streaming à l'ADN cinéphile, Mubi propose, pour quelques semaines encore, deux petits bijoux de science-fiction vintage bien dans l'air anxiogène du temps, The Last Man on Earth, réalisé en 1964 par le tandem Ubaldo Ragona et Sidney Salkow, et le bien nommé The End, un court métrage expérimental tourné une dizaine d'années plus tôt par Christopher Maclaine. Première adaptation au cinéma du roman Je suis une légende, de Richard Matheson (il y aurait ensuite The Omega Man, de Boris Sagal avec Charlton Heston, et I am Legend, de Francis Lawrence avec Will Smith), The Last Man on Earth se situe dans les années 60, alors qu'une pandémie a transformé la population de la Terre en vampires, sort funeste auquel seul le docteur Morgan (Vincent Price) semble avoir échappé. Et d'organiser son existence suivant une routine immuable, quadrillant la ville le jour dans un break-corbillard afin d'éliminer des zombies se cachant de la lumière qu'il immole ensuite dans une fosse commune; se barricadant dans sa maison pour se protéger de leurs assauts à la nuit tombée... S'il y a là diverses concessions au folklore vampiresque (Price confectionne méthodiquement des pieux pour empaler les infortunés non-morts, et recourt à l'ail comme aux miroirs pour les éloigner...), le résultat n'en demeure pas moins fascinant. Coproduction oblige, le film a été tourné en Italie, et la vision de Rome, ville déserte, ses allées parsemées de cadavres, produit une impression d'étrangeté que renforce le jeu distancié de Price. Les zombies pour leur part, avec leur obsession macabre et leur démarche cahotante, en annoncent d'autres, et George Romero a reconnu par la suite combien The Last Man on Earth avait constitué une inspiration pour La Nuit des morts-vivants, avec lequel il partage du reste une inclination nihiliste... On trouve une autre vision de l'apocalypse dans The End, petite perle expérimentale réalisée en 1953 par Christopher Maclaine, cinéaste et poète issu de la scène beat de San Francisco. Sur arrière-plan de menace nucléaire imminente, il y mettait en scène, en une succession de vignettes, le dernier jour sur Terre de six protagonistes, exposé par une voix off monocorde. Soit un film-collage étonnant, "vision d'un monde qui n'existe plus", oscillant entre promesse du chaos et beauté presque irréelle, noirceur d'ensemble et jaillissements de lumière . Et une proposition éminemment singulière, évoquant par endroits La jétée, de Chris Marker.