La planète rock n'arrête pas d'être secouée par les soubresauts d'une industrie faisant face aux évolutions technologiques de son temps et à celles (souvent liées) du marché. Téléchargements à la hausse, ventes de CD en chute libre, dématérialisation et piratage associé poussant les artistes (et les firmes) à retrouver du profit sur les scènes, avec comme conséquence l'envolée du prix des concerts. Dans ce contexte particulier, où la vérité de demain vient régulièrement démentir celle de la veille, la bonne santé du documentaire musical est un phénomène marquant, et durable. Certes, nombre de rock docs s'en vont directement jouer les bonus de DVD ou de Blu-ray Disc sans passer par la case sortie cinéma ni même celle d'une programmation télé. Certes aussi, de très bons films comme le Marley de Kevin MacDonald n'ont -très injustement- pas les honneurs d...

La planète rock n'arrête pas d'être secouée par les soubresauts d'une industrie faisant face aux évolutions technologiques de son temps et à celles (souvent liées) du marché. Téléchargements à la hausse, ventes de CD en chute libre, dématérialisation et piratage associé poussant les artistes (et les firmes) à retrouver du profit sur les scènes, avec comme conséquence l'envolée du prix des concerts. Dans ce contexte particulier, où la vérité de demain vient régulièrement démentir celle de la veille, la bonne santé du documentaire musical est un phénomène marquant, et durable. Certes, nombre de rock docs s'en vont directement jouer les bonus de DVD ou de Blu-ray Disc sans passer par la case sortie cinéma ni même celle d'une programmation télé. Certes aussi, de très bons films comme le Marley de Kevin MacDonald n'ont -très injustement- pas les honneurs d'une exploitation en salle ( lire par ailleurs). Mais d'autres ont droit au "grand format", comme le très intéressant Anton Corbijn Inside Out ( lire critique page 30), portrait en mouvement du photographe, vidéaste et cinéaste hollandais dont le nom est pour toujours associé aux fulgurances de Joy Division (jusqu'à son si sensible Control de 2007), aux clips de Depeche Mode et aux pochettes de U2. On ose espérer qu'il en ira de même avec le nouveau film de Martin Scorsese, George Harrison,Living In The Material World, un documentaire consacré à la vie du guitariste des Beatles (Paul McCartney, Ringo Starr, Yoko Ono et Eric Clapton y participent notamment). Scorsese étant, de tous les grands cinéastes reconnus, celui qui a le plus apporté au genre, signant un de ses plus beaux exemples avec The Last Waltz (1978), tourné lors du concert d'adieu du groupe mythique ayant longtemps accompagné Bob Dylan, The Band. Mais le réalisateur de Taxi Driver a aussi filmé les Rolling Stones sur scène pour Shine A Light en 2008, célébré le génie de... Bob Dylan dans No Direction Home trois ans plus tôt, et chanté le blues dans une série pour la télévision sobrement intitulée Martin Scorsese Presents The Blues- A Musical Journey. Les films de concert tiennent logiquement une part importante, sinon majeure, dans le paysage du cinéma orienté rock'n'roll et consort. Les technologies dernier-cri venant enrichir ses moyens créatifs comme on a pu le voir avec un U2 3D (2008) ajoutant le relief à une prestation mémorable de Bono et de ses boys. Les approches plus sobres et classiques n'ayant rien perdu de leur impact pour autant, ainsi que l'a prouvé le très remarquable et attachant Lou Reed's Berlin (2007) de Julian Schnabel, hommage ému et stylé à l'album mythique de Lou Reed, autour de sa recréation sur scène au St Ann's Warehouse à Brooklyn. Schnabel trouvant juste distance et juste vibration pour servir la musique et ses interprètes, comme avaient pu le faire un Jonathan Demme captant l'énergie scénique de Talking Heads dans Stop Making Sense (1984), ou un D.A. Pennebaker fixant pour la postérité, en 1973, l'ultime concert de David Bowie avec son premier groupe fétiche dans Ziggy Stardust And The Spiders from Mars. S'il en est un qui fut et reste bien servi par le rockumentaire et le film de concert, c'est assurément Neil Young, dont l'inoxydable et trashy Rust Never Sleeps de 1979, qu'il réalisa lui-même sous le pseudonyme de Bernard Shakey(1), fut suivi seize ans plus tard d'un plus émouvant et mieux maîtrisé Heart Of Gold, tourné en deux soirées au Ryman Auditorium de Nashville par un Jonathan Demme à l'unisson du merveilleux chanteur et guitariste canadien. Les frères Maysles ne vibrant pas moins avec les Stones au moment d'enregistrer l'effroyable dérive du concert d'Altamont, en 1970, où la violence se déchaînant devant la scène finit par susciter la panique sur celle-ci. Tout comme Penelope Spheeris épousa par deux fois la folie et les extrêmes de la scène alternative punk, post-punk et metal dans Decline Of The Western Civilization Parts 1 & 2 (1981 - 1988). On s'en voudrait de conclure le panorama sans mentionner le parodique et totalement dingue This Is Spinal Tap de Rob Reiner (1984), chronique de la vie "on the road" d'un groupe imaginaire... qui dut se produire réellement à la suite du succès de ce film culte, peut-être le plus savoureux jamais consacré à l'univers du rock! (1) UN JEU DE MOTS SUR "SHAKY", "TREMBLANT", PAR ALLUSION À LA MANIPULATION DE LA CAMÉRA... TEXTE LOUIS DANVERS