" C'est notre groupe préféré, glissaient à son sujet les jeunes Anglais dans le vent de Shame. À Londres, on a une espèce de société secrète, un cercle fermé, une petite communauté au sein de laquelle tout le monde est fan de leur album Primary Colours." Onze ans et des poussières après la sortie de ce disque devenu culte, de ce vinyle aujourd'hui introuvable (même sur Discogs), de cette pierre angulaire du rock australien, Eddy Current Suppression Ring est de retour. Un retour brûlant, sonnant, pas trébuchant, effectué sur le label Castle Face de l'infatigabl...

" C'est notre groupe préféré, glissaient à son sujet les jeunes Anglais dans le vent de Shame. À Londres, on a une espèce de société secrète, un cercle fermé, une petite communauté au sein de laquelle tout le monde est fan de leur album Primary Colours." Onze ans et des poussières après la sortie de ce disque devenu culte, de ce vinyle aujourd'hui introuvable (même sur Discogs), de cette pierre angulaire du rock australien, Eddy Current Suppression Ring est de retour. Un retour brûlant, sonnant, pas trébuchant, effectué sur le label Castle Face de l'infatigable John Dwyer (Oh Sees). Si les stakhanovistes de King Gizzard and The Lizard Wizard sont en train de tirer tous les marrons du feu et de s'imposer comme le plus grand groupe de rock de leur temps là-bas, aux confins du Pacifique et de l'océan Indien, c'est Eddy Current qu'il faut remercier pour l'incroyable vitalité de la scène australienne et la trépidante vie rock'n'roll de Melbourne. Selon la légende, le groupe voit le jour en 2003 pendant la fête de Noël de Corduroy Records où travaillent Mikey Young et Brendan Huntley. Corduroy est à l'époque un label de garage prolifique mais aussi surtout une usine spécialisée dans le pressage de vinyles qui emploie une partie de la scène punk locale dans la banlieue de Highett. Chansons nerveuses, guitares acérées, voix étranglée... Après un premier disque passé relativement inaperçu, les quatre fantastiques signent avec Primary Colours l'un des albums rock du siècle. Succès public et d'estime. Le groupe remporte l'Australian Music Prize (30 000 dollars locaux) et claque une bonne partie du fric pour faire voler une bannière à son nom dans le ciel australien. La pochette de ce qu'on pensait être son testament, Rush to Relax (2010), s'en souvient. Lors de la décennie écoulée, le guitariste Mikey Young s'est défoulé avec Total Control et a participé à davantage de disques (souvent au mixage) que Ty Segall et Stu Mackenzie réunis. L'inquiétant chanteur Brendan Huntley, après s'être un peu amusé avec des membres de Dick Diver et de Twerps sous le nom de Boomgates, s'est consacré à ses premières amours: la peinture, la sculpture et la poterie. Seuls quelques concerts à l'été 2016 les avaient vus rallumer la chaudière. Autant dire que tout le monde avait fini par faire une croix sur les kangourous cocaïnés et leur meneur ganté. Disque de la résurrection (qui débouchera, tout le monde l'espère, sur une tournée européenne), All in Good Time n'est pas du calibre de Primary Colours mais demeure bien au-dessus de la mêlée, toujours nourri par le quotidien et l'anxiété, le jeu de guitare de Mikey Young et le chant si distinctif d'Huntley. Des retrouvailles qui font plaisir et donnent envie d'en découdre...