Passions honteuses

Le rendez-vous est fixé à l'Alice Gallery, dans une rue serpentant près de la Place Sainte-Catherine. On y trouve Bent Van Looy raccord avec le décor "pop" , mot élastique s'étirant de la peinture à la musique, avec des éléments de fantaisie et de légèreté. Jeune homme à fine moustache, pantalon à pinces, chemise à manches courtes et cravate, Bent semble sortir de la cuisse des années 80 ou alors des zazous d'après-guerre, french cat faisant bouillir le jazz du côté de Saint-Germain-des-Prés. Musicalement, c'est pop, pas bop: là, il trimballe un vinyle d'occase d'Alan Parsons Project ( Gaudi, 1987), groupe anglais aux envolées prog-rock plastiquées: " C'est vrai, c'est la honte (il rigole) mais j'ai eu une période où je passais ses albums en boucle, de manière obsessive." Dans le clip du nouveau single ...

Le rendez-vous est fixé à l'Alice Gallery, dans une rue serpentant près de la Place Sainte-Catherine. On y trouve Bent Van Looy raccord avec le décor "pop" , mot élastique s'étirant de la peinture à la musique, avec des éléments de fantaisie et de légèreté. Jeune homme à fine moustache, pantalon à pinces, chemise à manches courtes et cravate, Bent semble sortir de la cuisse des années 80 ou alors des zazous d'après-guerre, french cat faisant bouillir le jazz du côté de Saint-Germain-des-Prés. Musicalement, c'est pop, pas bop: là, il trimballe un vinyle d'occase d'Alan Parsons Project ( Gaudi, 1987), groupe anglais aux envolées prog-rock plastiquées: " C'est vrai, c'est la honte (il rigole) mais j'ai eu une période où je passais ses albums en boucle, de manière obsessive." Dans le clip du nouveau single The Game, les images pop-art, fabriquées par l'Anglais Will Sweeney, évoquent Guy Peellaert que Bent, diplômé des Beaux-arts de Gand, " adore". "Le clip a coûté 25 000 euros, un prix d'ami, vraiment: c'est aussi cher que la fabrication de tout l'album. ""Je suis né le 3 mai 1976 à Anvers, mais à l'âge de 8 ans, j'ai déménagé près d'une forêt, au nord de la Belgique: je connaissais les bois par c£ur et j'y ai rencontré ces 2 garçons qui avaient installé une télé en noir et blanc dans leur cabane. C'est là que j'ai découvert Countdown et Bingo , et puis il y a eu le choc Michael Jackson à 13 ans: cela a changé ma vie." Chez les Van Looy, papa est chanteur dans le Ch£ur de l'Opéra d'Anvers, maman est prof au lycée: " La musique était omniprésente, mais sans jamais de pop ou de rock, uniquement du classique. Il y avait ce clavecin, une épinette, que j'ai gaulée (sic) . Puis je me suis intéressé à la batterie tout en continuant à dessiner constamment. A l'âge de 12 ans, je savais que je serais soit peintre, soit batteur. " Presque juste. "A mes débuts dans la musique, je me sentais coupable parce que je n'avais pas peint pendant une journée et puis, je me suis réveillé un matin en me disant que ce n'était pas si grave (sourire) . La peinture est très intense, demande de s'y consacrer intégralement, c'est un plaisir solitaire alors que la musique est plus agréable, surtout dans la sensation physique de faire des sons. Faut pas le dire, mais la musique est un tout petit peu plus chouette que la peinture (sourire). " " Avec Das Pop, on a commencé notre carrière quand l'industrie commençait à changer complètement (premier album sorti en 2001, ndlr) : on était chez Pias qui était alors dans ses démêlés avec Edel. On a donc lancé notre propre label, Francorchamps (...) et puis pour le 3e disque produit par les frères Dewaele de Soulwax, on s'est mis à enregistrer de temps en temps, à l'ICP à Bruxelles, de manière spartiate, en live. " En 2004, le 3e album de Das Pop est donc signé chez un sous-label de Sony UK, formidable aventure qui boit la tasse quand la compagnie, en crise profonde, décide de virer une bonne partie de son écurie, mais pas Das Pop. " Le disque était prêt mais Sony ne comprenait rien à notre musique: on a fini par se casser avec l'album. Pourtant, on tournait énormément en Angleterre, on avait un appartement à Londres avec des lits superposés et un renard qui nous attendait dans le jardin après chaque concert (...). Les chansons vivaient, donc, ce n'était pas l'échec total. " Le 3e album éponyme, Das Pop, finit par sortir au printemps 2009, 4 ans après avoir été bouclé... Entretemps, Bent s'est installé à Paris, dans un appartement près de République, partagé avec sa copine. Le groupe, composé de Niek Meul (installé à Stockholm), de Reinhard Vanbergen et du Néo-Zélandais (de Bruxelles) Matt Eccles, continue à tourner inlassablement. " En janvier 2010, on a joué au Japon où notre chanson Underground était plus diffusée que le dernier tube de Christina Aguilera. A l'aéroport de Kyoto, des fans nous attendaient avec des bannières "Das Pop". En roulant dans les rues, on passait devant des écrans vidéo géants diffusant le clip de la chanson. Je sais qu'aujourd'hui, il y a une dichotomie entre la réalité et les ventes, mais c'est vraiment la musique qui nous transporte. Depuis une décennie, ce n'est pas très sain parce qu'on n'a pas de vrai plan financier, mais on est respecté partout." l THE GAME, DAS POP, DIST: EMI, LIRE CRITIQUE PAGE 35 MERCI À LA ALICE GALLERY ET AUX îUVRES DE MICHAEL SWANEY ET PICA PICA, WWW.ALICEBXL.COM DAS POP METTRA LE FEU AU BRUSSELS TOUR LE 13 MAI PROCHAIN. DÉTAILS ET INFOS PRATIQUES EN PAGE 5. RENCONTRE PHILIPPE CORNET