Enrichissant sa collection "1000 feuilles" de deux nouveaux titres, Submerman et Ulysse, l'éditeur grenoblois nous replonge dans la genèse de la collaboration entre Jacques Lob et Georges Pichard. Pré-publié dans le magazine Pilote entre 1967 et 1970, le premier fleure bon le récit d'aventure de papa genre Tif et Tonduvisitent l'océan. Il met en scène la rencontre du commandant Goujon, parti à bord d'un submersible à la découverte du royaume fabuleux de "Fonds jolis" et de l'homo aquaticus Submerman. Dans cette cité sous-marine se côtoient deux peuples aux moeurs diamétralement opposées. Celui dont est issu Submerm...

Enrichissant sa collection "1000 feuilles" de deux nouveaux titres, Submerman et Ulysse, l'éditeur grenoblois nous replonge dans la genèse de la collaboration entre Jacques Lob et Georges Pichard. Pré-publié dans le magazine Pilote entre 1967 et 1970, le premier fleure bon le récit d'aventure de papa genre Tif et Tonduvisitent l'océan. Il met en scène la rencontre du commandant Goujon, parti à bord d'un submersible à la découverte du royaume fabuleux de "Fonds jolis" et de l'homo aquaticus Submerman. Dans cette cité sous-marine se côtoient deux peuples aux moeurs diamétralement opposées. Celui dont est issu Submerman n'est que bonté et joie de vivre, l'autre, dont les habitants son entièrement recouverts d'écailles, est belliqueux et ne rêve que de conquête. Malheureusement, la découverte du commandant Goujon arrive aux oreilles de gens mal intentionnés désirant s'enrichir en asservissant le bon peuple marin... Sans doute encore sous le charme des films du commandant Cousteau, le tandem Lob/Pichard profite des aventures de leur héros aquatique pour jeter un regard gentiment critique sur la société consumériste des Trente Glorieuses. Le dessin est rond et sympathique, les hommes ont des gros nez et les femmes, callipyges, ont des yeux de biches. En parallèle, le duo entame dès 1968, et dans divers périodiques, ce qui restera comme l'un de leurs chefs-d'oeuvre: une adaptation fantastico-sensuelle de l'Odyssée d'Ulysse. Jacques Lob a l'idée géniale de transposer le monde des dieux grecs dans un univers futuriste où les divinités en combi SM chic ont l'air de s'emmerder sec. Seul passe-temps, observer en direct les mortels que Zeus taquine. La guerre de Troie est finie et Ulysse a hâte de revoir Pénélope. Exaspérés par ses jérémiades, les dieux décident de lui mettre des bâtons dans les roues. La suite est connue. Pour ceux qui étaient absents ces 3000 dernières années, c'est l'occasion de se rattraper... Tout ce qui est humain est représenté selon nos connaissances du monde grec. Pour le divin, le dessinateur laisse son imagination voyager: au pays de l'architecture utopiste et du mobilier moderniste pour les décors et à celui de la haute couture d'avant-garde des années 70 pour ce qui est d'habiller/déshabiller les dieux. Si vous n'êtes pas une machine, il est impossible de résister à la puissance érotique se dégageant des corps dessinés par Pichard. Les hommes ont la chevelure subtilement en bataille, la barbe fournie mais taillée et le torse-poil musculeux. Enfin, leur large carrure attire tel un velcro tout ce qui porte jupes... ou pantalons. Pour décrire les femmes, un Focus Vif entier ne suffirait pas. Disons en résumé qu'elles concentrent à elles seules le fantasme d'un Russ Meyer, d'un Tinto Brass et d'un Federico Fellini réunis. Il se dégage donc de ces rééditions un doux parfum vintage, gentillet pour Submerman et nettement plus inventif, puissant et sensuel pour Ulysse. À (re)découvrir!