José González
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José González "Vestiges & Claws" DISTRIBUÉ PAR PEACEFROG RECORDS. 7 Il faut toujours saluer, ou au moins accorder une oreille attentive, à ceux qui ont décidé de ne pas jouer la surenchère, ce tic de l'époque. Murmurer plutôt qu'hurler. Préférer la discrétion à l'agitation. On en viendrait presque à croire que le vrai pied de nez punk est là, plutôt que dans la provocation dégoupillée pour provoquer le buzz. Sept ans après son dernier album solo -il a sorti dans l'intervalle au moins deux autres disques avec son groupe Junip-, José González sort son nouvel album, Vestiges & Claws, sur la pointe des pieds. Sa musique tient à deux fois rien: sa guitare, sa voix, et des chansons qui n'ont de cesse d'affirmer avec force leur... fragilité. Le bruit assourdissant de la hype, le Suédois (né en 1978, de parents ayant fui la dictature argentine deux ans auparavant), l'a pourtant bien connu. En 2005, sa reprise acoustique de Heartbeats (de ses compatriotes de The Knife) sera utilisée dans une publicité pour une marque de téléviseurs. La pub, c'est mal; la pub, c'est sale? Sauf quand, comme ici, l'association touche au sublime, envoyant rebondir des milliers de balles multicolores en caoutchouc dans les rues pentues de San Francisco... Des reprises, González en fera d'autres, en s'attaquant par exemple au Teardrops de Massive Attack ou, plus étonnant, à Smalltown Boy de Bronski Beat. L'an dernier, il participait également au projet Red Hot consacré à Arthur Russell. Du génial expérimentateur disco-folk new-yorkais, décédé du sida en 1992, à l'âge de 40 ans, González reprenait This Is How We Walk On The Moon. Une évidence tant l'univers de l'un a pu inspirer l'autre. Notamment dans ce don qu'avait Russell de créer des mondes à lui, à la fois autarciques, profondément personnels, et capables de toucher à l'universel. Dans le cas de González, cela se marque donc avec ce nouveau Vestiges & Claws, réalisé quasi entièrement seul, à domicile. Enregistrer un disque chez soi, en huis clos, n'est plus du tout un exploit de nos jours. Il est amusant de constater cependant que la démarche est la plupart du temps le fait de producteurs de musique électronique, cloîtrés dans leur chambre. Rien de cela ici. On pourrait même difficilement trouver plus éloigné d'une gueulante EDM que ce nouvel album de González. Foncièrement organique, Vestiges & Claws est même une sorte d'antidote humaniste au tout-digital. Une ode folk, qui fonctionne à l'économie, les percussions réduites à leur plus timide expression. On pense forcément à Nick Drake et ses miniatures pastorales. González y ajoute sa patte contemplative, quasi ambient, amenant des couleurs tirées de paysages africains (les réminiscences de blues malien dans des titres comme Stories We Build ou Afterglow), évoquant même quelque pistes orientales (la flûte, tout en arabesques, de Forest). Il y a fort à parier que Vestiges & Claws ne convaincra pas des hordes entières de nouveaux fans. Fidèle à son esthétique, José González continue de tracer son sillon. Sans surprise. Mais de plus en plus profond... EN CONCERT LE 16/03, AU CIRQUE ROYAL, BRUXELLES. LAURENT HOEBRECHTS