Notre machine à fantasmes n'a jamais autant fonctionné qu'à propos de la Russie. Il n'est pas fait référence ici aux créatures blondes tout en jambes et en seins achetables sur Internet, quoique. Vue de l'Occident, la chute du régime soviétique a été considérée comme une victoire pour le pauvre peuple opprimé. Mais qu'en fut-il réellement? Dans un album qu'il sous-titre Boris Eltsine, les filles, le rock (et moi), Konstantin Potapov nous raconte la vie de la jeunesse moscovite en pleine perestroïka autant qu'en pleine ébullition hormonale. Max (alter ego de l'auteur?) a quinze ans en 1993 et, contrairement à ses copains de classe qui veulent devenir homme politique, dentiste, coiffeuse ou tout simplement riche, il ne sait pas quoi faire de sa vie. À part dessiner des gonzesses à poil, boire des bières et jouer du rock, les perspectives d'avenir à cet âge ne sont pas folichonnes. Ça ne va pas en s'arrangeant, car en cette fin de millénaire, la Russie repart en guerre contre la Tchétchénie et il va falloir trouver un moyen pour échapper au se(r)vice militaire. Dans un désabusement heureusement teinté d'humour, nous suivons la vie somme toute banale d'un adolescent insouciant devenant un jeune adulte pas plus concerné que ça, comme il en existe des millions à travers le monde. Le dessin très rough de Potapov accentue le côté chaotique de la vie du Moscovite, sur fond d'actualités d'époque tout aussi chaotiques.

De Konstantin Potapov, éditions Warum, 180 pages.

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