ART ET CINÉMA
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ART ET CINÉMA PLUSIEURS RÉALISATEURS. 7 H 05. DIST: CINEMATEK. **** Terre de peintres et de documentaristes, la Belgique ne pouvait que voir fleurir une production cinématographique abordant l'art pictural, ses représentants locaux surtout, avec quelques notables excursions dans le domaine de la peinture internationale (tel le remarquable Visite à Picasso de Paul Haesaerts en 1950). Dépositaire de la plupart de ces oeuvres, qu'elle préserve avec toute la compétence qu'on lui reconnaît dans le monde entier, la Cinémathèque royale de Belgique, rebaptisée Cinematek voici quelques années, s'emploie aussi à les diffuser. En témoigne un très beau coffret Art et cinéma contenant trois DVD et un livre. Ce dernier, signé Steven Jacobs et présenté en trois langues (néerlandais, français et anglais), introduit très intelligemment le sujet, avant de proposer un commentaire éclairant sur la petite vingtaine de films retenus, et qui constituent la crème du genre de la fin des années 30 au début des années 70. Chaque oeuvre étant évoquée de manière détaillée, documentée, images bien choisies à l'appui. Henri Storck et Luc de Heusch se voient l'un et l'autre consacrer un disque. Du premier, on peut voir notamment Le Monde de Paul Delvaux (1944), le monumental Rubens coréalisé en 1948 avec Paul Haesaerts, l'original et passionnant La Fenêtre ouverte (1952), le sensuel et pertinent Paul Delvaux ou les femmes défendues (1969-1970), et enfin l'atypique (puisque consacré à... un écrivain) et passionnant Herman Teirlinck de 1953. De Heusch aussi aborde un écrivain dans son fulgurant Michel de Ghelderode (1957), mais la peinture l'inspire pour d'intenses Magritte ou la leçon des choses (1960) et Alechinsky d'après nature (1970). La création y est comme saisie au vol, ainsi qu'elle l'était dans le précité Visite à Picasso de Paul Haesaerts, où l'on voit le génial artiste oeuvrer sur des panneaux de verre qui nous permettent de découvrir tout à la fois l'auteur, le geste et son résultat. Ce film est l'un des clous d'un troisième disque illustrant par ailleurs deux constats significatifs. D'abord la quête de paysages et de visages contemporains bien réels, rapprochés d'oeuvres très anciennes comme si les personnages et la typologie flamande sublimés par un Van Eyck, un Memling, hantaient toujours la réalité par-delà les siècles. Ensuite la force d'un cinéma certes parfois fort (et utilement) didactique, mais plastiquement tellement accompli qu'il permet de rêver la couleur alors même qu'il use du noir et blanc. Un noir et blanc expressif, qui travaille jusqu'au pigment le plus secret une peinture transfigurant admirablement ce réel qui toujours l'inspire et la captive. On signalera que la Cinematek profite de la sortie du coffret pour consacrer un programme au thème des rapports entre art et cinéma. LOUIS DANVERS