La première fois que l'on a rencontré le travail de Ian Dykmans (46 ans), c'était à l'occasion de la sortie d'une monographie de Bonom, l'artiste urbain qui a marqué l'imaginaire collectif bruxellois au fer blanc. Du " singe boiteux", Dykmans ne livrait pas les clichés attendus. En lieu et place de l'habituelle imagerie spectaculaire qui accompagne la transgression, l'intéressé donnait à voir des tirages comme surgis d'un autre temps. Le tout signait une esthétique...

La première fois que l'on a rencontré le travail de Ian Dykmans (46 ans), c'était à l'occasion de la sortie d'une monographie de Bonom, l'artiste urbain qui a marqué l'imaginaire collectif bruxellois au fer blanc. Du " singe boiteux", Dykmans ne livrait pas les clichés attendus. En lieu et place de l'habituelle imagerie spectaculaire qui accompagne la transgression, l'intéressé donnait à voir des tirages comme surgis d'un autre temps. Le tout signait une esthétique de la perte du repère temporel. Ceci entre autres grâce à l'usage d'un révélateur Lith qui brouillait les jalons visuels. Croisée par la suite au château du Karreveld, à Molenbeek, cette esthétique trouble, spectrale, révélait son horizon aux allures d'épiphanie: dissoudre les caractéristiques objectives de la photographie. Cette déchirure, ce trouble visuel, Dykmans le retourne désormais contre lui à la faveur d'un projet qui sonde son intimité. Devenir miroir se découvre à la fois comme un livre tiré à 110 exemplaires -avec la collaboration de Collin Hotermans, Andrea Copetti et la librairie Tipi Bookshop- ainsi qu'une exposition prenant place à La Part du Feu (Saint-Gilles). Fidèle au programme de se "livrer en miroir", ce livre d'artiste peut se découvrir dans les deux sens: pas de fin mais bien deux débuts qui convergent en un centre. Le tout s'accompagne d'une mise en pages sophistiquée et traversée par un goût du pliage qui n'aurait pas déplu à Gilles Deleuze. Un texte, un poème écrit de la main du photographe, aborde ses tourments intimes, une sorte d'exploration généalogique familiale. " Je photographie pour comprendre ce que je vis", nous a-t-il confié à l'occasion d'une conversation téléphonique. Loin d'être un long fleuve tranquille, l'existence s'apparente ici à une chute hors du paradis, une " lente agonie" doublée d'une odyssée vers un silence inéluctable. En tombant, Ian Dykmans ouvre grand les yeux et immortalise avec son appareil ce qui est digne d'être sauvé. Ce qui est vu vaut la peine d'être vécu.