Printemps 1997, OK Computer. Un carré de chansons immanquables et un son en cinémascope ( Paranoid Android, Karma Police, No Surprises, Lucky) propulsent les Oxfordiens dans l'interstellaire. Par contre, la sortie de l'album suivant, Kid A, déconcerte en octobre 2000. À 180 degrés de son prédécesseur, il donne l'impression d'être dénué de toute chanson structurée et présente un amas de propositions rythmiques influencées par le krautrock, le jazz façon Alice Coltrane, la musique contemporaine à la Penderecki ou encore le hip-hop abstrait. Thom Yorke s'est d'ailleurs immergé dan...

Printemps 1997, OK Computer. Un carré de chansons immanquables et un son en cinémascope ( Paranoid Android, Karma Police, No Surprises, Lucky) propulsent les Oxfordiens dans l'interstellaire. Par contre, la sortie de l'album suivant, Kid A, déconcerte en octobre 2000. À 180 degrés de son prédécesseur, il donne l'impression d'être dénué de toute chanson structurée et présente un amas de propositions rythmiques influencées par le krautrock, le jazz façon Alice Coltrane, la musique contemporaine à la Penderecki ou encore le hip-hop abstrait. Thom Yorke s'est d'ailleurs immergé dans l'électronique à la Warp Records, Aphex Twin, Autechre et autres singularités digitales. Cela s'entend dans ce qui paraît alors être une stricte déconstruction par lui-même du CV rock de Radiohead, organisant l'album par des synthés modulaires et de la technique Pro Tools. Il soumet les textes au principe du cut-up, sans oublier la fixette de Jonny Greenwood pour les ondes Martenot. Kid A a ses moments de grâce - How to Disappear Completely, The National Anthem-, même si Yorke donne souvent l'impression de chanter comme un mec bâillonné. L'album sera globalement dénigré par la critique internationale, qui le trouve inachevé et égotiste. Davantage que son successeur de mai 2001, Amnesiac, enregistré avec le producteur Nigel Godrich lors des sessions de Kid A. L'effet surprise de ce dernier s'est alors quelque peu dissipé et Amnesiac ramène même certaines sensations rock. À côté de tripotages filandreux ( Like Spinning Plates) , le retour des guitares fait plaisir ( I Might Be Wrong, Hunting Bears), comme la seule présence sur les deux albums concernés d'une basse audible ( Dollars and Cents).Cette réédition double l'événement. D'abord par l'adjonction d'un troisième album aux deux autres. Cela passe par la refonte de morceaux déjà parus, comme cette version presque sentimentale de Like Spinning Plates ou Follow Me Around en impeccable folk-rock, façon Crosby, Stills, Nash and Young. Ou bien pousse parfois le bouchon dans ses retraites montagneuses: Untitled V1, c'est le dalaï-lama sous acide grave. On sent un peu de complaisance dans les moments fantomatiques aux instrus misanthropes, mais pas seulement: il faut entendre la harpe mirifique d' Untitled V3 et sa densité volatile. Le titre How to Disappear into Strings ramène l'original de Kid A à des sensations de cordes somptueuses, au-delà du Balanescu Quartet. Ensuite, hormis les raretés et revisitations de répertoire, le seul véritable inédit , If You Say the Word, annonce une visite planante des limbes. L'autre manifeste de ce triple disque est que les 20 années passées ont dilué de plus en plus l'ADN rock dans des musiques externes. Sans dire que le son de cette période de Radiohead se soit complètement banalisé: même dans l'aigu, tout le monde ne possède pas de telles tortueuses vertus.