Tous les jours, à 17h19, tout le long du Banquet de Lagrasse, la fête du livre organisée chaque année par les éditions Verdier, Romain Bertrand s'asseyait derrière une petite table placée sous un peuplier, et lisait. Ce qu'il lisait était une histoire, écrite au jour le jour. Une histoire qu...

Tous les jours, à 17h19, tout le long du Banquet de Lagrasse, la fête du livre organisée chaque année par les éditions Verdier, Romain Bertrand s'asseyait derrière une petite table placée sous un peuplier, et lisait. Ce qu'il lisait était une histoire, écrite au jour le jour. Une histoire qui se présentait comme un conte, malgré qu'elle impliquât une époque de violence et de voyages, de rencontres ratées et d'indifférence des éléments. Car l'histoire que lisait Romain Bertrand, historien connu pour ses travaux sur le regard porté par les habitants de Java sur les Européens qui, un jour, débarquèrent sur leurs plages, n'est nulle autre que celle de Fernand de Magellan et de Juan Sebastián Elcano -l'histoire de ce qu'on continue à appeler, de manière pompeuse, la "découverte" du monde. Prenant pour point de vue celui des Indiens de Bornéo davantage que celui des marins espagnols embarqués à bord de la Victoria, il offre un tout autre récit que celui du triomphe des grands explorateurs. Un récit dont il n'est même pas sûr que ceux dont les noms sont entrés dans les livres d'Histoire de l'Occident y aient joué les premiers rôles. Exercice de modestie, écrit avec l'aisance salutaire de celui qui sait que sa parole sera écoutée, Qui a fait le tour de quoi? redistribue les cartes du savoir et de l'ignorance, de la curiosité et de la peur jusqu'à ce que le jeu lui-même devienne méconnaissable.