Artistiquement, le duo ne fera pas date. Sur un semi-tempo banal, la mélodie s'avère moyennement accrocheuse, comme les voix d'ailleurs. Elles n'ont ni la tonalité d'amour rétro des variétés seventies de Johnny & Sylvie, ni celle, lascive et lubrifiée, des amours chantées de Gainsbourg & Birkin par exemple. Non, c'est du duo moyen calibre qui n'aurait sans doute jamais franchi les portes du studio américain où il a été enregistré le 30 décembre, s'il n'y avait eu le déraillement supposé de Mademoiselle Smet et, plus encore, le curriculum fameux des protagonistes. Sans oublier l'hypermédiati...

Artistiquement, le duo ne fera pas date. Sur un semi-tempo banal, la mélodie s'avère moyennement accrocheuse, comme les voix d'ailleurs. Elles n'ont ni la tonalité d'amour rétro des variétés seventies de Johnny & Sylvie, ni celle, lascive et lubrifiée, des amours chantées de Gainsbourg & Birkin par exemple. Non, c'est du duo moyen calibre qui n'aurait sans doute jamais franchi les portes du studio américain où il a été enregistré le 30 décembre, s'il n'y avait eu le déraillement supposé de Mademoiselle Smet et, plus encore, le curriculum fameux des protagonistes. Sans oublier l'hypermédiatisation de papa Johnny et de ses récentes frasques de santé. David et Laura sont bien sûr les rejetons de l'icône française, nés de l'union de celle-ci avec Sylvie Vartan (David, en 1966) et Nathalie Baye (Laura, en 1983). Demi-frères et s£urs, ils n'en apparaissent pas moins radicalement différents. David, qui a passé une partie de son adolescence aux Etats-Unis avec sa mère, semble avoir profité de la personnalité plus apaisée de celle-ci, alors que Laura exprime une vulnérabilité qui ramène au côté le plus sombre de Johnny, le mec " capable d'être un salaud et un ange dans la même minute". Même si David récolte des succès pour lui et son père - il compose e.a. l'album Sang pour sang en 1999, vendu à plus d'un million d'exemplaires -, on ne peut pas dire que son talent musical impressionne. Par contre, Laura impose dès son premier rôle de jeune femme aux prises avec le cancer (Les corps impatients, 2002), un jusqu'au-boutisme troublant. Assez vite aussi, elle reprend l'héritage paternel: night-clubbing et substances. En 2007, elle doit interrompre un tournage suite à une (première?) tentative de suicide: accro à l'alcool et aux drogues, elle part en désintox. Qu'elle aie aujourd'hui raccroché ou non, Laura s'est trouvée emportée dans la récente tempête médiatico-médicale de papa. Et pour cause: son fiancé n'est autre que le frère du chirurgien - pour le moins contesté - ayant opéré Johnny... Un scénario potentiellement catastrophe. Là où cela devient, soit curieux, soit sinistre - probablement les deux -, c'est lorsqu'on écoute les paroles de la chanson, à l'origine, un geste de David vis-à-vis de cette jeune femme fragile qu'est sa s£ur: "On se fait peur/Main dans la main/On se fait peur/Freine/Tire un peu plus fort sur les rêves/Avant qu'on se fasse de la peine/Avant que le vide nous entraîne". Que la compagnie de disques - Universal - croit bon de battre le fer du désespoir tant qu'il rougit encore en dit long sur la capacité des multinationales à faire du marketing tout-terrain. Particulièrement sur les pentes glissantes. Que Laura Smet aie vraiment tenté d'overdoser ou aie simplement fait un malaise - thèse que défend sa mère Nathalie Baye -, un peu de distance aurait été le bienvenu. Il est vrai que ce n'est pas le style de la maison Hallyday où les frontières entre souffrance réelle et mise en scène publique sont, depuis toujours, maintenues dans un flou tapageur. C'est ce qui s'appelle perpétuer la tradition. DE PHILIPPE CORNET