Quarry
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Quarry SÉRIE DE GRAHAM GORDY ET MICHAEL D. FULLER. AVEC LOGAN MARSHALL-GREEN, PETER MULLAN, JODI BALFOUR, JAMIE HECTOR. DIST: WARNER. 7 Soupçonné d'un massacre de civils, souffrant de choc post traumatique dans un pays lui aussi clivé après une longue et sale guerre, les assassinats des frères Kennedy, de Martin Luther King et une indécrottable ségrégation raciale, le vétéran Mac (Logan Marshall-Green) succombe aux chants de sirène d'un mystérieux donneur d'ordre, Le Courtier (Peter Mullan loin de ses rôles de philanthrope). Vite, il replonge dans un monde de violence et de meurtres. Dans ce polar à l'étouffé, où bout le Memphis prolétaire des années 70 qui sue le label Stax, Aretha Franklin, Otis Redding, le rock schizoïde de Big Star, le maelström de brutalité dans lequel plonge Mac emporte également sa femme Joni, son ami Arthur et sa famille... Tiré de l'oeuvre du romancier Max Allan Collins, Quarry documente le dérèglement de la société américaine à l'ère Nixon. Dans un contexte politique et culturel un temps surexploité par Hollywood (de Deerhunter à Rambo et Platoon) l'asphyxie et la tension mal refoulée, éruptive de Mac renvoie au Dustin Hoffman du Récidiviste (Ulu Grossbard, 1978) ainsi qu'à une kyrielle de séries B des années 70. Portée par la critique, la première saison de Quarry avait aussi occasionné des moues dubitatives: rythme trop lent, personnage central peu charismatique, arcs secondaires bâclés... Son édition en DVD porte un éclairage nouveau sur les raisons d'un accueil en demi-teinte. Si Quarry multiplie les bravoures formelles (courses poursuites en caméra subjective, long plan-séquence dans l'épisode final...), on sent bien que ces dernières font désormais partie du cahier des charges de toute série qui entend marquer son époque. Depuis que Breaking Bad, True Detective (saison 1), The Affair ont masterisé l'art des narrations novatrices, les curseurs ont été poussés tellement loin que les prouesses scénaristiques ou les audaces techniques réelles de Quarry passent aujourd'hui pour du classicisme. Il faut pourtant rendre hommage à la photographie et aux cadrages magistralement composés, qui traduisent le souci du langage pictural. Enfin les bonus du DVD riches en scènes coupées, complètent les pores du récit et pointent les errements du cut final, où les intrigues et personnages secondaires étaient sous- exploités: l'inquiétant Buddy (Damon Herriman), qui a de quoi devenir le second rôle le plus saisissant et complexe de l'histoire de la télé; la ségrégation raciale, qui ne dépasse jamais l'anecdote; et surtout Jodi, dont les scènes abandonnées montrent toute l'épaisseur et les qualités de liant entre les intrigues que l'extraordinaire Jodi Balfour avait à lui offrir. NICOLAS BOGAERTS