Sur The Last Slave Ship, extrait de son nouvel album, Idris Ackamoor évoque le Clotilda, le dernier navire négrier à avoir amené des esclaves aux États-Unis depuis l'Afrique. C'était en 1860. L'importation d'êtres humains était déjà interdite mais un riche armateur et propriétaire terrien avait parié 1 000 dollars avec un homme d'affaires qu'il pourrait faire accoster une embarcation de captifs sous le nez des fédéraux. Risquant la peine de mort, il allait brûler le bateau dans une rivière à proximité pour effacer toutes traces compromettantes...

Sur The Last Slave Ship, extrait de son nouvel album, Idris Ackamoor évoque le Clotilda, le dernier navire négrier à avoir amené des esclaves aux États-Unis depuis l'Afrique. C'était en 1860. L'importation d'êtres humains était déjà interdite mais un riche armateur et propriétaire terrien avait parié 1 000 dollars avec un homme d'affaires qu'il pourrait faire accoster une embarcation de captifs sous le nez des fédéraux. Risquant la peine de mort, il allait brûler le bateau dans une rivière à proximité pour effacer toutes traces compromettantes. Idris Ackamoor a toujours été un musicien militant. Mais il a toujours aussi arrimé à son discours social et politique un certain sens de l'amusement et du spectacle. Shaman! ne déroge pas à la dansante tradition. Le musicien voulait évoquer certains des problèmes auxquels nous sommes tous confrontés en tant qu'individus " dans l'espace intérieur de nos âmes et de notre conscience" . Enregistré à Londres et produit par Malcolm Catto, tête pensante des Heliocentrics, Shaman! aborde entre autres la vulnérabilité masculine, la perte des êtres chers, la vie après la mort et le pardon. Né à Chicago au milieu du siècle dernier, Bruce Baker (c'est son vrai nom) est un héritier de Sun Ra, de Pharoah Sanders et de Fela Kuti. Il a eu Cecil Taylor pour prof (un des morceaux de l'album s'appelle Theme for Cecil) mais a aussi collaboré avec l'artiste Keith Haring et fait faire du théâtre à des détenues. Ackamoor a fondé les Pyramids en 1972, les a emmenés sur les routes d'Europe pour quelques concerts et est ensuite parti étudier les musiques d'Afrique de l'Ouest sur place. De retour aux États-Unis, la petite bande a opéré en trois albums la fusion parfaite des polyrythmies africaines et des improvisations jazz. Entourés d'une guitare, d'une basse, de percussions, d'une batterie et d'un violon, le saxophone d'Idris et la flûte de Margaux Simmons (son ex-femme) font des merveilles sur ces neuf chansons pleines de groove enregistrées en septet. Ackamoor et ses Pyramids n'hésitent pas à se laisser aller sur de longues plages qui dépassent parfois les dix minutes. À la fois remuante et cosmique, la musique de Shaman! est de celles qui font danser les églises et s'élever le dancefloor. Il y a du Sun Ra, du Art Ensemble of Chicago, du Moondog et de la cumbia dans ce disque à la pochette rétrofuturiste. Un album qui viendra dignement se glisser à côté des formidables We Be All Africans et An Angel Fell enregistrés par le groupe depuis sa reformation en 2012. On comprend tout de suite mieux les déclarations surréalistes d'Elon Musk qui attribuait récemment l'origine des pyramides aux extraterrestres...