Durant les années de plomb, un type de productions fait particulièrement florès au sein du 7e art transalpin: le "poliziottesco", ou néopolar italien, sous-genre cinématographique qui repose sur des enquêtes policières en milieu urbain où prédominent l'action et une violence assez exacerbée. Réalisateur s'étant d'abord signalé en tant que scénariste chez Sergio Leone, Sergio Corbucci ou encore Lucio Fulci, Fernando Di Leo en est l'un des plus emblématiques représentants. Entre 1972 et 1973, il signe la célèbre Trilogie du Milieu, triptyque de films bis brutaux et sanglants portant sur le...

Durant les années de plomb, un type de productions fait particulièrement florès au sein du 7e art transalpin: le "poliziottesco", ou néopolar italien, sous-genre cinématographique qui repose sur des enquêtes policières en milieu urbain où prédominent l'action et une violence assez exacerbée. Réalisateur s'étant d'abord signalé en tant que scénariste chez Sergio Leone, Sergio Corbucci ou encore Lucio Fulci, Fernando Di Leo en est l'un des plus emblématiques représentants. Entre 1972 et 1973, il signe la célèbre Trilogie du Milieu, triptyque de films bis brutaux et sanglants portant sur le milieu du crime organisé. Dès son prégénérique à la dimension quasi opératique porté par la géniale BO rythmique et répétitive de Luis Bacalov, Milan calibre 9 a des allures d'immarcescible film culte. On prend un pied immense en effet à découvrir ce film-cousin du Deuxième souffle de Melville où un gangster à peine sorti de prison se coltine à la fois la présence soupçonneuse de la police et celle de son ancien patron, qui le suspecte d'avoir détourné de l'argent. Cinéaste très inventif dans l'expression de la brutalité, Di Leo adapte ici un récit de Giorgio Scerbanenco, le "Simenon italien", en privilégiant des angles de vue souvent surprenants. Son formalisme rigoureux, traversé de poussées fiévreuses de violence crue, confère au film une dimension de tragédie certes outrée mais surtout hors du temps, qui achève de faire de Milan calibre 9 un véritable petit chef-d'oeuvre aux accents moraux (pas moralistes). La suite, hélas, est moins convaincante. L'enjeu scénaristique de Passeport pour deux tueurs est ténu, en effet, et Di Leo s'y autorise du coup tous les excès narratifs et formels. Mettant en scène un duo de tueurs impassibles qui a directement inspiré Tarantino pour les personnages campés par John Travolta et Samuel L. Jackson dans Pulp Fiction, le film vaut surtout pour quelques grands moments de bravoure (une séquence de poursuite assez folle, la confrontation finale dans une casse automobile) surclassant un ensemble où domine une cruauté confinant au sadisme. Di Leo, qui disait de lui-même qu'il était la plus grande putain du cinéma italien, persiste et signe dans Le Boss, où il maltraite encore avec beaucoup de complaisance ses personnages féminins. Délaissant Milan pour Palerme, ce troisième volet correspond davantage à l'idée que l'on se fait du film de mafia: enlèvement, trahisons, règlements de comptes... Plus classique donc, mais aussi plus réaliste, l'objet ne manque pas d'intérêt en dépit de quelques improbables digressions. Réunis dans un fier coffret portant les couleurs du drapeau italien, les trois films s'y accompagnent de suppléments fouillés (analyses pointues, portraits, documents d'époque...) ainsi que d'un livret informatif richement illustré.