Chaque année, l'"Outstanding Contribution to Photography" de chez Sony Awards couronne une oeuvre réalisée sur la longueur. Un nom, pour ne pas dire une marque. Les précédents sont prestigieux: Martin Parr, William Klein, Bruce Davidson ou Elliott Erwitt. Tous anglo-saxons et liés à une forme de photojournalisme traquant aussi de nouveaux codes formels, comme ceux du New-Yorkais-Parisien Klein expérimentant dès les années 50 les signes forts de la couleur. Après Mary Ellen Mark en 2014, la distinction, rarement féminine...

Chaque année, l'"Outstanding Contribution to Photography" de chez Sony Awards couronne une oeuvre réalisée sur la longueur. Un nom, pour ne pas dire une marque. Les précédents sont prestigieux: Martin Parr, William Klein, Bruce Davidson ou Elliott Erwitt. Tous anglo-saxons et liés à une forme de photojournalisme traquant aussi de nouveaux codes formels, comme ceux du New-Yorkais-Parisien Klein expérimentant dès les années 50 les signes forts de la couleur. Après Mary Ellen Mark en 2014, la distinction, rarement féminine, revient à Candida Höfer (1944), provenant de ce que l'on a nommé L'école de Düsseldorf, adepte de la Nouvelle objectivité allemande . Tout cela rigole d'autant moins au contact de Madame Höfer: nonobstant une filiation dont elle n'est pas responsable -papa a été journaliste-propagandiste nazi-, cette septuagénaire est ce que l'on qualifiera en brusseleir de "totale stijf". Particulièrement lors de la conférence de presse. Sans surprise, ses images le sont également. Après des reportages plutôt impliqués sur les travailleurs immigrés dans l'Allemagne des années 70, Höfer a peu à peu gommé la partie humaine de ses images, étant alors reconnue pour ses impeccables séries visant les espaces publics comme les bibliothèques, musées et autres fastueux concentrés d'Histoire. Si ses grands formats de luxueuse précision -appréciés des collectionneurs- ont dû influencer des modernistes comme Andreas Gursky, ils expriment d'abord un témoignage hypra-formel du réel, sans distance, ironie ou -c'est plus problématique- émotion. Autre vibration, autre karma, autre génération: Alys Tomlinson, décrochant cette année le suprême titre de "Photographer of the Year" , entre autres récompensé d'une bourse de 25 000 dollars. Le sujet est déroutant: en cette époque où les religions semblent prises en otage d'extrémismes violents, sa série Ex Voto pose d'autres jalons. Équipée d'une (encombrante) chambre photographique qui n'autorise ni la course au sujet ni l'impro de l'instant, cette quadra londonienne originaire de Brighton a suivi trois pèlerinages: Lourdes, Ballyvourney en Irlande et Grabarka en Pologne. Agnostique issue de semblable famille, Alys Tomlinson y a donc photographié des ex-voto, objets comme des croix ou autres matérialisations supposées de la foi, mais surtout et encore des pèlerins. Le résultat, composé dans un noir et blanc presque sensuel, n'est pas sans rappeler les images minérales que Tarkovski proposait dans Andreï Roublev, extraordinaire film des années 60 interrogeant pareillement la force de la foi et celle de l'art. Un truc sacré de transmission donc, Alys...