Découvert avec les années 2000 dans You Can Count on Me, petit bijou de Kenneth Lonergan, Mark Ruffalo s'est ensuite employé à bâtir une filmographie tout ce qu'il y a de plus fréquentable, tournant notamment pour Jane Campion, Michael Mann, David Fincher, Lisa Cholodenko, Spike Jonze, Michel Gondry ou autre Martin Scorsese. Profil malléable sur gueule d'ange, le comédien natif de Kenosha, Wisconsin, a aussi montré d'évidentes dispositions pour le grand écart -le genre à pouvoir pousser la chansonnette avec Keira Knightley dans Begin Again avant d'endosser le costume de Hulk pour The Avengers, et ne pas moins en apparaître crédible sous les traits du lutteur David Schultz le temps du Foxcatcher de Bennett Miller. Ou, aujourd'hui, sous ceux du journaliste Mike Rezendes, au coeur de l'excellent Spotlight de Tom McCarthy, un film inspiré de faits réels qu'il était venu défendre à la dernière Mostra de Venise en toute humilité...
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Découvert avec les années 2000 dans You Can Count on Me, petit bijou de Kenneth Lonergan, Mark Ruffalo s'est ensuite employé à bâtir une filmographie tout ce qu'il y a de plus fréquentable, tournant notamment pour Jane Campion, Michael Mann, David Fincher, Lisa Cholodenko, Spike Jonze, Michel Gondry ou autre Martin Scorsese. Profil malléable sur gueule d'ange, le comédien natif de Kenosha, Wisconsin, a aussi montré d'évidentes dispositions pour le grand écart -le genre à pouvoir pousser la chansonnette avec Keira Knightley dans Begin Again avant d'endosser le costume de Hulk pour The Avengers, et ne pas moins en apparaître crédible sous les traits du lutteur David Schultz le temps du Foxcatcher de Bennett Miller. Ou, aujourd'hui, sous ceux du journaliste Mike Rezendes, au coeur de l'excellent Spotlight de Tom McCarthy, un film inspiré de faits réels qu'il était venu défendre à la dernière Mostra de Venise en toute humilité... J'ai eu l'occasion de travailler avec Michael Rezendes, mais aussi de l'observer. Et j'ai pu mieux comprendre en quoi consistait son travail de l'intérieur, et son rapport au sujet qu'il traitait. Le fait, notamment, qu'il faille concilier la recherche d'une bonne histoire et le souci d'objectivité; la rigueur et la discipline qu'il convient de garder quand on traite d'un sujet aussi explosif; le discernement dont il faut faire preuve par rapport aux informations; le temps qu'il faut pour évaluer si une information justifie un article ou non... D'une certaine manière, mais je la tenais déjà en haute estime. Pour moi, le métier d'acteur tient du journalisme, en particulier lorsqu'on interprète des personnes réelles, ce qui a été mon cas assez souvent. Il convient d'être au plus près de la vérité. Ma formation veut que, lorsque je prépare un rôle, je comprenne l'époque, le lieu, la politique, la musique, la culture, la façon dont on s'habillait, ce qu'on mangeait ou ce qu'on pensait. Très tôt, l'essentiel de mon travail de jeune acteur s'est donc déroulé dans les bibliothèques, avant que l'on ne développe ces petites boîtes noires omniscientes. Ils sont plus étranges et plus complexes que dans la fiction. Et ils présentent plus de mystérieuses incohérences. Et cela vaut aussi sur le plan physique. J'ai toujours aimé regarder les gens, leur manière d'interagir avec le monde, de se déplacer. Rien qu'en observant une personne, la manière dont elle tient son visage, la tension dans son corps, la façon dont elle utilise un objet, je peux échafauder une histoire. Cela m'a toujours intéressé, depuis que j'ai suivi les cours de Stella Adler. Une fois cette structure acquise, il faut y insuffler vie et spontanéité, et faire, en quelque sorte, table rase du travail accompli pour en entamer un autre, où l'on donne vie à l'essence de la personne sans en être la réplique exacte. C'est un vrai défi, et un processus qui me fascine. Les histoires vraies n'appliquent pas une syntaxe narrative, elles peuvent vous emmener dans des endroits où vous n'auriez jamais imaginé vous retrouver. Il y avait tant de mystères dans Foxcatcher que je ne les ai pas encore tous élucidés. Et même si j'ai passé dix jours avec Michael Rezendes pour Spotlight, je ne le connais toujours pas vraiment, en étant réduit aux supputations et à me fier à mes intuitions. La réalité est toujours plus étrange que la fiction, et si vous y êtes fidèle, sans recourir à des expédients ni chercher des réponses faciles, elle va vous entraîner dans un voyage fascinant. Non, c'est la même chose. Quand j'ai été approché pour The Avengers, j'ai d'abord pensé qu'il y avait erreur. J'ai rencontré Joss Whedon, le metteur en scène, et j'ai compris que je serais en mesure de procéder comme dans n'importe quel autre film, et de trouver ce personnage. Cela s'annonçait différent et amusant: quand on tourne, on entre dans le monde du réalisateur, je me considère à son service et je me soumets à une expérience. J'apporte mes goûts, ma confiance, ma méthode de travail, mais j'embarque pour un voyage. The Avengers n'était jamais qu'un nouveau voyage, avec son style propre, et j'ai dû comprendre comment m'y fondre sans être ennuyeux. C'est différent, mais à la base, le travail reste le même, à savoir trouver la vérité émotionnelle du personnage. J'ai été barman, mais je ne me voyais pas continuer sans devenir ivrogne moi-même. (rires) J'ai envisagé une formation dans le business de mon père, la peinture industrielle, j'ai pensé à l'écriture, et j'ai même joué dans un groupe postpunk, mais cela ne me menait nulle part. A un moment, à la suite d'une tumeur bénigne au cerveau, la moitié de mon visage est restée paralysée, et j'ai cru que ma carrière d'acteur était terminée. J'ai réalisé un film, et je pensais avoir trouvé ma voie, lorsque des rôles intéressants ont commencé à se présenter. C'était en 2008, et depuis, je n'ai plus arrêté. The Kids Are Alright. De manière impulsive, j'avais décidé de me consacrer à la réalisation après ce tournage. Je n'avais plus d'agent, je voulais prendre un peu de distance, et j'ai tourné ce film sans me mettre de pression. Je me sentais libre, j'ai pris du plaisir, et cela m'a rappelé pourquoi j'avais voulu faire ce métier. Le film a connu le succès et les propositions se sont accumulées. J'ai donc décidé de continuer, et de passer à la mise en scène ensuite. Mais je n'en ai jamais eu l'occasion. Oui, les choses ont changé. Mon angoisse, désormais, c'est d'être prisonnier de Hulk. Je discutais avec un acteur à qui l'on avait proposé un film Marvel. Il m'a demandé si je ne craignais pas que des réalisateurs comme, disons, P.T. Anderson n'aient plus envie de travailler avec moi. Et moi: "Tu crois vraiment qu'il voudrait faire appel à moi?" - "Je ne sais pas, je disais cela comme ça". (rires) Et donc, maintenant, j'ai un peu peur que l'on ne veuille plus me voir que comme "The Hulk". La plupart des gens ne connaissent même pas mon nom, quand je suis en rue, ils gueulent "Hulk!" (rires) RENCONTRE Jean-François Pluijgers, À Venise