Chère Fiona, on doit bien écrire qu'on t'a un peu perdue de vue: ton regard et tes chansons lasers, greffées à l'Amérique contemporaine, semblent être restés en rade il y a à peine moins d'une décennie. À la parution en 2012 de The Idler Wheel, accueilli, comme les trois albums précédents, d'une critique bienveillante, si pas dithyrambique. Toujours couvert de ta propre peau, celle d'une vie où dépression, anxiété et tocs dessinent volontiers l'épiderme des chansons. Huit années plus tard, tout reste toujours - relativement- compliqué chez toi, bien que tu vives au soleil de Venice B...

Chère Fiona, on doit bien écrire qu'on t'a un peu perdue de vue: ton regard et tes chansons lasers, greffées à l'Amérique contemporaine, semblent être restés en rade il y a à peine moins d'une décennie. À la parution en 2012 de The Idler Wheel, accueilli, comme les trois albums précédents, d'une critique bienveillante, si pas dithyrambique. Toujours couvert de ta propre peau, celle d'une vie où dépression, anxiété et tocs dessinent volontiers l'épiderme des chansons. Huit années plus tard, tout reste toujours - relativement- compliqué chez toi, bien que tu vives au soleil de Venice Beach, planque bobo de la Californie arty. Cela ne signifie nullement que ce disque sonne comme doré à l'apparente pilule de Los Angeles, comme on le sait, paradis et cimetière mêlés de la célébrité américaine. De la notoriété, tu fais ici table rase sonore via treize compositions faites maison, très loin de la domesticité discographique des studios suréquipés en compresseurs et correcteurs numériques. Tes chansons délaissent la bienséance, évitent les illusions du confort et s'entourent de tout ce qui existait alors chez toi au moment précis de l'enregistrement: les chiens (?) de la plage titulaire, les percus improvisées un peu partout, y compris via le piano, notamment sur Newspaper. Et même ce qui évoque des cris de cheval -Fiona la jument...- dans I Want You to Love, qui ouvre le disque. Et qui a d'ailleurs décroché la note maximale chez Pitchfork, "la première fois qu'une musicienne obtient un 10 sur 10".Cet album au titre très Brico (" Va chercher les coupe-boulons"?) trouve, dit-on, son origine dans une phrase prononcée par Gillian Anderson dans la série polar british The Fall. Indice ou pas sur le pourquoi et le comment de ces treize morceaux farouchement anti-radiophoniques? Il faut en tout cas creuser ses propres désirs d'auditeur si on veut pouvoir coller à Fetch the Bolt Cutters et ses déséquilibres volontaires. Non seulement Fiona construit des morceaux qui donnent l'impression d'empiler les déconstructions avec grand plaisir, mais balance aussi un chant qui épouse la dissonance. Sur Newspaper par exemple, on a l'impression que tout cela va finir par se casser la gueule, mais au final, non. Suivant d'une certaine façon les thèmes abordés dans les textes, des trucs qui -selon l'expression- te rendront plus fort s'ils ne te tuent pas. Entre autres les naufrages amoureux, le bullying, la violence sexuelle et, last but not least, la liberté de choix de vie. Et les relations de Fiona aux autres femmes, visiblement duelles. Métaphore d'un disque qui explore, cherche, propose et ose à peu près toute option formelle. Tout n'est pas formidable et des nuages de complaisance y pointent même parfois, mais dans les grands moments comme Cosmonauts, la fille qui n'a pas froid aux yeux n'est pas loin du cosmique... Quelle que soit l'adresse exacte de celui-ci.