Association inattendue de perceptions sensorielles déclenchant par exemple un son lorsqu'on voit une couleur, la synesthésie obsède le travail de Tetsuya Mizuguchi. Les êtres maritimes et floraux de son Child of Eden, il y a neuf ans, flottaient sur cet axiome proche du trip LSD. Les mouvements du joueur y déclenchaient des tirs influant directement sur sa BO électro. Lâché en plein confinement, SoundSelf: A Technodelic suit lui aussi cette voie tout en modifiant les inputs. Bienvenue dans une expérience méditative où le chant du joueur altère les mélodies et les effets visuels.
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Association inattendue de perceptions sensorielles déclenchant par exemple un son lorsqu'on voit une couleur, la synesthésie obsède le travail de Tetsuya Mizuguchi. Les êtres maritimes et floraux de son Child of Eden, il y a neuf ans, flottaient sur cet axiome proche du trip LSD. Les mouvements du joueur y déclenchaient des tirs influant directement sur sa BO électro. Lâché en plein confinement, SoundSelf: A Technodelic suit lui aussi cette voie tout en modifiant les inputs. Bienvenue dans une expérience méditative où le chant du joueur altère les mélodies et les effets visuels. Pensé comme "un parcours exaltant vers des états de conscience altérée", SoundSelf se dépouille toutefois de toute ambition gaming. L'expérience de Robin Arnott, son créateur, ressemble plutôt à une version sous hormones de ces dizaines d'exercices de respiration relaxantes qui pullulent sur smartphone(1). Après s'être confortablement installé, le candidat au voyage revêt obligatoirement un casque audio pour éviter que tout haut-parleur n'interfère avec le micro du PC. Ce dernier est en effet constamment utilisé par le software pour capter et modifier les vagues vocales demandées. Décollant de nuit, les yeux vers les étoiles, au pied d'un arbre, SoundSelf se vit au son d'une douce voix féminine guidant nos inspirations et expirations lors des premières minutes de l'expérience. Rapidement, dans un deuxième temps, le logiciel demande ensuite de pousser une légère clameur à chaque expiration. La fin de chaque Hoooo ou de chaque Haaaa déclenche alors un travelling avant faisant avancer le paysage vu à la première personne. Au fil du trip, notre voix revient alors au creux de nos oreilles, dans le casque. Elle se transforme progressivement via une foule de filtres ondulant dans les graves ou flirtant avec un didgeridoo. Ces mélopées enveloppantes enclenchent un crescendo de fractales multicolores. Testé ici sur un écran classique, ce vortex psychédélique se vit comme un voyage plaisant et relaxant, loin toutefois du trip LSD légal et digital vendu par Robin Arnott. Auréolé d'une reconnaissance qui l'a notamment propulsé à l'IndieCade de l'E3, au Game Science Center de Berlin et à l'AMAZE Festival, le créateur se couvre en outre d'une légitimité scientifique soumise à caution. SoundSelf aiderait à une connexion avec son moi profond pour des effets immédiats sur l'humeur et l'anxiété, selon une étude du Neuro Meditation Institute (disponible sur www.enterandromeda.com/ss-science). Unique article à ce sujet, ce papier illustre un besoin de légitimation clinique embrumant le propos de Robin Arnott. Une validation dont le cocréateur de The Stanley Parable (un FPS métaphysique qui brisait brillamment le quatrième mur il y a neuf ans) n'avait nullement besoin. À côté de SoundSelf, Everything de David O'Reilly, Palmystery de Paloma Dawkins ou encore le plus récent Paper Beast d'Éric Chahi brillent ainsi comme des trips psyché et arty permettant de sérieusement lâcher prise avec la réalité. Le tout, sans prescription médicale...