Le 7 février dernier s'éteignait Pierre Guyotat (1940), écrivain illustre et ardent dont le nom est inscrit au frontispice littéraire en compagnie d'autres poètes apostats aux écrits hautement inflammables. On songe à Jean Genet, voire à Antonin Artaud. De cette personnalité qui a longtemps hésité entre la peinture et la poésie, on connaît Tombeau pour cinq cent mille soldats, chef-d'oeuvre imbibé des fluides vit...

Le 7 février dernier s'éteignait Pierre Guyotat (1940), écrivain illustre et ardent dont le nom est inscrit au frontispice littéraire en compagnie d'autres poètes apostats aux écrits hautement inflammables. On songe à Jean Genet, voire à Antonin Artaud. De cette personnalité qui a longtemps hésité entre la peinture et la poésie, on connaît Tombeau pour cinq cent mille soldats, chef-d'oeuvre imbibé des fluides vitaux écoulés lors de la guerre d'Algérie, ou encore, plus récemment, Idiotie, récit autobiographique sans complaisance revenant sur les thèmes qui l'ont toujours habité: la sexualité, la révolte contre l'autorité et, encore et encore, la violence de la guerre dont on ne revient jamais vraiment. Contre le monde et la bêtise des hommes, Guyotat s'était cousu un arrière-pays qu'il arpentait seul, recherchant "l'hébétude", cette fascination qui n'a pas la conscience d'elle-même. Parallèlement à l'écriture, l'homme dessinait et on imagine aisément que c'est sur le même genre de territoire déserté qu'il évoluait pour fournir une matière première à sa main. Son rapport à cette pratique était inconstant. Il était revenu au crayon et à la gouache en 2015 après 40 ans d'interruption. Dans ce contexte, l'exposition proposée par la galerie Hufkens est un véritable événement. Non seulement c'est la première fois que ce travail est donné à voir en Belgique, mais en plus l'écrivain en a conçu lui-même les contours. Le dessin s'y exhibe comme l'oeuvre, c'est-à-dire élaboré et sulfureux. La nudité y a quelque chose de jubilatoire, le corps est exacerbé par des tâches de couleur. De nombreux sexes, masculins et féminins, y disent les béances du désir mais également les répétitions accomplies de manière obsessionnelle. Guyotat parlait régulièrement du lien entre l'écriture et la masturbation, qu'il appelait crûment la " branlée avec texte". C'est cette expérience névrotique et joyeuse, à fleur de peau, sur laquelle ses oeuvres dessinées lèvent le voile.