Au début des années 30, Günther Anders n'était pas encore devenu le philosophe qu'on lit toujours aujourd'hui: le penseur de l'apocalypse, l'homme de la méditation sur l'effondrement irrémédiable du monde civilisé que causa la catastrophe d'Hiroshima. Ancien élève d'Edmund Husserl, sous la direction duquel il avait rédigé sa thèse de doctorat, proche des cercles de Martin Heidegger, Anders, qui avait pratiqué la musiq...

Au début des années 30, Günther Anders n'était pas encore devenu le philosophe qu'on lit toujours aujourd'hui: le penseur de l'apocalypse, l'homme de la méditation sur l'effondrement irrémédiable du monde civilisé que causa la catastrophe d'Hiroshima. Ancien élève d'Edmund Husserl, sous la direction duquel il avait rédigé sa thèse de doctorat, proche des cercles de Martin Heidegger, Anders, qui avait pratiqué la musique depuis son plus jeune âge, y avait consacré ses premier efforts philosophiques. Tout d'abord, cet intérêt s'était manifesté sous la forme d'une critique ironique adressée à la manière dont la phénoménologie naissante fétichisait le regard, conçu comme le médium même de la perception. Puis, à la fin des années 20, au moment où il lui fallut penser à concevoir une thèse d'habilitation, qui lui ouvrirait la voie à la carrière de professeur d'université, il choisit de donner à ses travaux le thème suivant: " Recherches philosophiques sur les situations musicales". Anders ne soutint jamais cette thèse -mais il conserva intact jusqu'au moment de son exil aux États-Unis, en 1939, le désir d'écrire et de penser à partir et avec la musique. De nombreux textes, entourant la rédaction de son habilitation, témoignent de ce souci -et de la manière dont celui-ci visait à refonder à nouveaux frais le primat de l'apparaître que la phénoménologie prétendait opposer aux philosophies de l'être, des idées ou du concept. Malgré la rupture introduite par la Seconde Guerre mondiale, son goût pour la musique lui fit même reconnaître qu'il se trouvait " sans défense contre le La bémol majeur", comme si un simple accord pouvait effacer jusqu'au souvenir de la catastrophe atomique. Longtemps inédits en français, l'ensemble des textes qui témoignent de cette importance du son et de la musique dans l'oeuvre d'Anders est aujourd'hui traduit en français par Martin Kaltenecker et notre compatriote Diane Meur, dans la remarquable collection de la Philharmonie de Paris.