Le rétrogaming s'échappe, depuis peu, du simple cadre de la réédition HD et du remake. Fétichisme de l'objet, collectionnite, réconfort nostalgique et revanche sur le passé ne sont plus les seuls ingrédients alimentant son coeur. Gonflé par la force inouïe de dizaines de vidéastes YouTube pros(1), le mouvement nourrit désormais la grammaire ludique et esthétique de la création contemporaine avec une vertigineuse appétence. Streets of Rage 4 illustre à merveille cette lame de fond et reprend les débats, arrêtés il y a... 26 ans!
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Le rétrogaming s'échappe, depuis peu, du simple cadre de la réédition HD et du remake. Fétichisme de l'objet, collectionnite, réconfort nostalgique et revanche sur le passé ne sont plus les seuls ingrédients alimentant son coeur. Gonflé par la force inouïe de dizaines de vidéastes YouTube pros(1), le mouvement nourrit désormais la grammaire ludique et esthétique de la création contemporaine avec une vertigineuse appétence. Streets of Rage 4 illustre à merveille cette lame de fond et reprend les débats, arrêtés il y a... 26 ans! Écho ludique des nanars d'action urbains des années 80 -notamment les vigilante movies-, les beat them all avancent en rue à grands coups de baffes et de barres à mine. Cette terrible simplicité, doublée d'un passage à la 3D, a tué le genre à la fin des années 90. Figurant au panthéon de classiques comme Teenage Mutant Ninja Turtles, Double Dragon et Final Fight, Streets of Rage est toutefois resté dans le coeur de nombreux gamers pendant sa longue retraite. De nombreux remakes amateurs, dont un volet signé Bomber Games en 2006, ont ainsi irrigué cette période. Mieux, il y a cinq ans, le label Data Disc inaugurait son catalogue (24 vinyles gaming aujourd'hui) avec la bande originale de la trilogie. Eurodance, hip-hop, claviers 80's... La BO bondissante de Yuzo Koshiro est restée dans les annales. Développé entre la France et le Japon(2), Streets of Rage 4 signe un petit miracle: il réunit ce dernier et d'autres compositeurs japonais cultes ayant notamment oeuvré sur Final Fight et Ninja Gaiden. Sous la houlette d'Olivier Derivière ( 11-11 Memories Retold), le résultat veiné de dubstep et de jazz sonne comme un trip rétrofuturiste enluminant les douze niveaux de ce quatrième volet. Sa réalisation graphique aux airs de comic animé tourne certes le dos au pixel, mais l'ensemble brille d'une remarquable cohérence. Commissariat new-yorkais, métro, docks, galerie d'art... Chaque détail claque. Et on se surprend à observer les jeux de lumière, reflets, ombres et autres effets de transparence. Une démarche plus proche du récent Wonder Boy (Game Atelier) et de Rayman Legends que de River City Girls ou Mother Russia Bleeds. Moins nerveux que l'original, Streets of Rage 4 n'en déploie pas moins une quinzaine de bad guys aux attitudes jubilatoires. Ces derniers offrent un contrepoids parfait à la palette d'attaques des quatre héros (dont deux nouveaux) jouables du titre. Une attaque légère et une seconde puissante: plusieurs types de combos fleurissent sur cette base. Certains coups spéciaux réduisent en outre la barre de vie, à reremplir en assénant sans tarder des frappes normales. Dopé d'un level design malin qui multiplie les barils explosifs, détours piégeurs et autres sols électrifiés, ce mantra bagarreur praticable en coop ou en VS jusqu'à quatre ne dure hélas pas plus de quelques heures. Un voyage express mais diablement bien organisé.