Courtney Marie Andrews
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Courtney Marie Andrews "Honest Life" DISTRIBUÉ PAR V2 RECORDS. 8 Courtney Marie Andrews a habité dans nos régions, en 2014/2015, multipliant les premières parties ou les duos avec l'Anversois-fasciné-par-l'Amérique, Milow. C'est précisément à cette époque que le mal du pays, accentué par un vague à l'âme amoureux, s'installe dans sa psyché d'immigrée musicale. Il faudra donc en faire des chansons, celles d'Honest Life, et revenir à la maison pour trouver la juste mesure biographique: Courtney repartie chez Obama délaisse la chaleur exagérée de son Arizona natal au profit de l'État de Washington. Dans cette région du nord-ouest américain, six fois la Belgique, la jeune femme expérimente les forêts sans fin et Seattle, ville proche du Pacifique à la croissance boulimique. Ici, la géographie boisée s'immisce littéralement dans des histoires qui, de fait, sentent parfois le sapin, comme Table for One, sur la nécessaire acceptation de la solitude et de la vulnérabilité inscrites dans la vie. Il faut détailler l'origine du plaisir: Courtney a ce grain de voix qui, à lui seul, incarne une moisson. Ses aigus renvoient à la pureté stylisée de Joni Mitchell et à l'élégance de Judy Collins alors que l'usage récurrent du vibrato ramène à l'implication quasi-religieuse de Joan Baez dans les tumultes des années 60. C'est précisément cette madeleine-là qu'on mange en temps réel avec Courtney: l'impression d'arpenter des histoires d'autant plus substantielles que portées par une voix déchirante. La vibration folk country -les deux mamelles du disque- nettoie les scories sentimentales et défie les lourdeurs d'époque. Curieusement, les manières sixties du chant ne datent jamais la musique, fabriquée par une artiste qui compose depuis l'âge de quatorze ans, pour ce qui est déjà son sixième album. On peut gloser sur l'americana, ses vieilles dentelles sans cesse raccommodées et ses obsessions de la mélancolie friable, la résilience décrite dans How Quickly Your Heart Mends incarne un produit durable. Sur des arrangements chauds -pedal steel, orgue, piano- Courtney déploie cette voix qui calme les douleurs et pousse des histoires sur la conscience d'être vivant, ses atours malaisés ou ses bouffées de joie. Comme toute musique propulsée par le spleen, celle-ci confirme que le doute reste un moteur énergétique d'envergure, magnifié dans Irene -dans un monde juste, un tube obligatoire- et la conclusion Only in My Mind, où l'écrin vocal se double de cordes fraternelles. Pour un album qui, en dépit de ses fissures, vous veut indéniablement du bien. LE 12/03 À L'ANCIENNE BELGIQUE. PHILIPPE CORNET