"J'ai ressenti chez les distributeurs la peur de porter mon film. Ils ne le trouvaient pas mauvais, mais ils ne voyaient pas comment on pourrait sortir un film comme celui-là..." Puppy Love est prêt depuis février... 2013, mais lui assurer une distribution correcte s'est avéré chose bien difficile. Avec le handicap de ne pas avoir été retenu pour Cannes (malgré des mots laudateurs du sélectionneur Thierry Frémaux), et des aspects provocateurs dans le scénario faisant redouter peut-être quelques retombées négatives, avec aussi l'abondance de titres en distribution et la très réelle limite actuelle du potentiel public d'un film francophone...

"J'ai ressenti chez les distributeurs la peur de porter mon film. Ils ne le trouvaient pas mauvais, mais ils ne voyaient pas comment on pourrait sortir un film comme celui-là..." Puppy Love est prêt depuis février... 2013, mais lui assurer une distribution correcte s'est avéré chose bien difficile. Avec le handicap de ne pas avoir été retenu pour Cannes (malgré des mots laudateurs du sélectionneur Thierry Frémaux), et des aspects provocateurs dans le scénario faisant redouter peut-être quelques retombées négatives, avec aussi l'abondance de titres en distribution et la très réelle limite actuelle du potentiel public d'un film francophone belge, trouver un partenaire désireux et capable de porter le film vers les salles et les spectateurs devenait une gageure. C'est ainsi que Puppy Love se retrouve enfin à l'affiche, après des succès festivaliers et une bonne sortie suisse, sous la bannière d'une société de distribution inconnue au bataillon ou quasi. Dream Touch est une émanation directe de la société coproductrice belge du film, Entre Chien et Loup, qui y a déjà eu recours pour quelques films signés notamment Amos Kollek et Diego Martinez Vignatti. Sébastien Delloye, producteur de Puppy Love, fait l'analyse suivante: "Les producteurs ont été contraints par le "marché" de s'improviser distributeurs pour pouvoir assurer une rencontre entre leur production et leurs réalisateurs et le public, pour ne pas arriver à des situations absurdes où certains films ayant coûté plusieurs millions, et entraîné de nombreux partenaires publics et privés, restent finalement sur les étagères... " En cause, notamment, le manque de place laissée aux films d'auteur, faute d'écrans en nombre suffisant. Et aussi une volonté de "personnaliser les choses en assurant la chaîne de distribution jusqu'au bout", comme le dit Michael Goldberg de MG Productions, qui a ainsi sorti les excellents Le Monde nous appartient de Stephan Streker et Les Rayures du zèbre de Benoît Mariage via sa société Bardafeu Cinéma. "Nous ne voulons prendre la place de personne", précise Goldberg, Delloye modérant lui aussi ses critiques vis-à-vis des "distributeurs habituels". La tentation n'en existe pas moins, pour certains producteurs, de pérenniser leur activité de distribution, à l'image de O'Brother qui sort de manière régulière des films non issus de son propre catalogue. Dany Habran, exploitant au Parc et au Churchill à Liège (où il mettra Puppy Love à l'affiche) comprend bien le problème des distributeurs à temps plein. "Ils ne peuvent plus faire face à une offre pléthorique, ne souhaitent pas prendre de risque avec des oeuvres qui ne marcheront que dans un nombre limité de salles, et ils orientent leurs choix en fonction d'un marché qui concerne le Benelux et où les sensibilités des Belges francophones ne constituent pas un argument majeur." Patricia Motte, qui travaille avec enthousiasme à la sortie de Puppy Love pour Dream Touch, n'ignore pas le contexte, mais n'en a pas moins suscité l'intérêt du géant UGC! Concernant cette nouvelle pratique, elle ne veut pas parler de "solution par défaut", préférant évoquer "une manière de travailler personnalisée, cernant au mieux les spécificités d'une oeuvre originale."