1 The Beach Boys "Smile"

Au printemps 1966, Brian Wilson se lance dans la confection du successeur du merveilleux Pet Sounds, avec l'idée d'écrire 'une symphonie adolescente pour Dieu". Ce projet au titre léger, Smile, est travaillé en compagnie de l'auteur Van Dyke Parks dans une spirale créative qui exacerbe les tensions avec les autres Beach Boys, en particulier, le chanteur Mike Love. La fragilité mentale de Wilson s'accentue d'autant plus que les trips à l'acide intensifient sa paranoïa et le sentiment d'ignorance de son propre génie. Au printemps 1967, après une année de travail et des centaines d'heures de studio, Smile, officiellement sur les tablettes de sortie de Capitol -les pochettes s...

Au printemps 1966, Brian Wilson se lance dans la confection du successeur du merveilleux Pet Sounds, avec l'idée d'écrire 'une symphonie adolescente pour Dieu". Ce projet au titre léger, Smile, est travaillé en compagnie de l'auteur Van Dyke Parks dans une spirale créative qui exacerbe les tensions avec les autres Beach Boys, en particulier, le chanteur Mike Love. La fragilité mentale de Wilson s'accentue d'autant plus que les trips à l'acide intensifient sa paranoïa et le sentiment d'ignorance de son propre génie. Au printemps 1967, après une année de travail et des centaines d'heures de studio, Smile, officiellement sur les tablettes de sortie de Capitol -les pochettes sont imprimées-, est mis au placard. Des titres issus des sessions comme Heroes And Villains, Wind Chimes, alimenteront Smiley Smile, album-décalque d'une envergure artistique nettement moindre, édité en septembre 67. Les fans devront attendre un box Beach Boys de 1993 pour découvrir pas moins de 30 minutes d'originaux, plus proches de la finalisation que la légende ne le prétendait. Finalement, 37 ans après le fiasco original, Brian Wilson sortait, sous son nom, en septembre 2004, Presents Smile, réenregistrements des morceaux de 66-67. A l'été 2009, Young publie Archives, énorme coffret engrossé de chansons rares ou inédites des années 1963-1972. Véritable Houdini de l'apparition-disparition discographique, le Canadien est un habitué des décalages: ainsi, le classique Tonight's The Night enregistré en 1973 ne sort que 2 ans plus tard, après On The Beach pourtant bouclé ultérieurement . Les chansons de Tonight's ont été écrites dans les circonstances glauques des overdoses de Danny Whitten et Bruce Berry, guitariste et roadie de Young: un cruel miroir que le chanteur ne peut considérer d'emblée. L'avalanche de 2009 devrait être suivie d'un second tome, Archives Volume 2, contenant entre autres 4 albums inédits, un live de 1976 et 3 studios, Oceanside-Countryside, Chrome Dreams et Homegrown. Ce dernier, prévu en 1975, avait justement été supplanté par Tonight's The Night: certains de ses titres ont été redistribués dans des disques ultérieurs mais ce sera la première fois que les fans pourront entendre l'intégralité de ces sessions country-rock " down", marquées par la rupture entre Young et l'actrice Carrie Snodgress. Coquetterie: les disques paraîtront d'abord en vinyle, support pour lesquels ils furent initialement conçus. Le 29 juillet 1966, Bob Dylan crashe sa moto Triumph près de chez lui, à Woodstock, dans l'Etat de New York. Il prend aussitôt ce prétexte -qui lui caresse durement les vertèbres- pour disparaître de la vie publique. Entre juin et octobre 1967, acoquiné aux membres du Band, il couche sur bandes des dizaines de chansons dans le sous-sol de Big Pink , maison louée par 3 musiciens du Band à quelques miles de chez Dylan. Le répertoire est un mélange de compositions originales et de reprises folk: ce mix bouclé dans un environnement relaxe, complètement en-dehors des pressions d'un studio conventionnel, va grandement contribuer à définir le style americana de la fin sixties. A l'automne 1967, Dylan diffuse 14 de ses musiques dans le milieu des éditeurs: de nombreux artistes puisent dans la mine secrète, notamment les Anglais de Manfred Mann, numéros un en Grande-Bretagne en janvier 1968 avec The Mighty Quinn. Ces Basement Tapes vont tellement bien circuler qu'elles fournissent l'essentiel de Great White Wonder, premier bootleg significatif de l'histoire du rock, paru à l'été 1969. Ce n'est que 6 ans plus tard que Dylan donnera la permission à Columbia de sortir 16 de ces enregistrements historiques, accompagnés pour l'occasion de 8 chansons du Band. Une façon de mettre fin au mythe en le rendant public... l Ph.C.