Une drôle de tête de troll avec une chevelure en queue de nouilles électrique et des fringues probablement achetées deux livres trois pences chez Oxfam. Un teint pâle et des cascades de grimaces déformant ses chansons, qui en deviennent encore plus impressionnantes: quand Kevin Coyne débarque sur la scène anglaise à la fin des années 60, pas besoin de chercher un autre vilain canard, il est là, au bar borgne du blues. Né en 1944 à Derby - ville peu hilarante des Midlands charbonniers, Coyne a surtout la tronche de sa voix, une guirlande de douleur qui fout le feu à tous les sapins de Noël, un larynx assez vinaigré que pour assaisonner des cargaisons de fish & chips. Mais ces inflexions identifiables dessinent aussi une profondeur qui touche d'emblée. John Peel - héros de la radio anglaise et plus encore - craque pour Coyne et signe son groupe Siren sur son propre label Dandelion. Peel a compris que ce petit mec de Derby a la densité et la sincérité brutes d'un grand interprète. En Amérique, la formation confidentielle qu'est Siren est distribuée par Elektra, et quand les Doors perdent Jim Morrison à l'été 1...