Du premier album du Velvet Underground, Brian Eno a dit un jour dans une interview que s'il ne s'était vendu qu'à 30 000 exemplaires, tous ceux l'ayant acheté avaient ensuite formé un groupe. Manière de signifier combien la musique du mythique combo new-yorkais avait pu constituer un puissant stimulant créatif, dont le spectre déborderait d'ailleurs du seul cadre du rock. Il fallait, pour tenter d'en capturer l'essence, un réalisateur combinant fibre musicale affûtée et inventivité formelle. Qualités assurément réunies par Todd Haynes, auteur, avec Velvet Goldmine ...

Du premier album du Velvet Underground, Brian Eno a dit un jour dans une interview que s'il ne s'était vendu qu'à 30 000 exemplaires, tous ceux l'ayant acheté avaient ensuite formé un groupe. Manière de signifier combien la musique du mythique combo new-yorkais avait pu constituer un puissant stimulant créatif, dont le spectre déborderait d'ailleurs du seul cadre du rock. Il fallait, pour tenter d'en capturer l'essence, un réalisateur combinant fibre musicale affûtée et inventivité formelle. Qualités assurément réunies par Todd Haynes, auteur, avec Velvet Goldmine et I'm Not There, de deux fictions musicales de haut vol, la seconde, un portrait kaléidoscopique de Bob Dylan incarné par sept comédien(ne)s différents, témoignant au besoin de son audace narrative. Signant avec The Velvet Underground son premier documentaire, le réalisateur de Carol, s'attache à y restituer le parcours du groupe composé à l'origine de Lou Reed, John Cale, Sterling Morrison et Moe Tucker, tout en traduisant l'effervescence artistique qui régnait à New York au coeur des sixties. Et cela, en faisant oeuvre à la fois immersive -un postulat affirmé dès les premières notes, envoûtantes, de Venus in Furs- et électrique. S'il recèle les éléments biographiques de rigueur, remontant aux origines de la formation en s'appuyant sur des entretiens avec les acteurs clés et autres témoins de l'époque, qu'il assortit d'images inédites de prestations du Velvet ou autres screenshots étourdissants empruntés aux archives de leur mentor Andy Warhol, le film vibre aussi de cet élan créatif qui débordait alors des murs de la Factory. Jusqu'à poser le groupe au confluent des avant-gardes, en une pollinisation croisée dont le montage de Todd Haynes se fait, mieux que le reflet, le prolongement inspiré. Et cela par la grâce notamment d'un recours particulièrement avisé au split screen, on ne peut mieux en phase avec ce qui était alors en train de se jouer. Ainsi articulé, The Velvet Underground se révèle passionnant de bout en bout, plongée au coeur d'une aventure artistique expérimentale à l'influence considérable, doublée d'une expérience sensorielle comme le cinéma n'en propose que rarement. Et résultant en un tourbillon visuel et sonore qu'il convient de regarder et d'entendre (ou alors de " Peel Slowly and See", comme le suggérait la légende figurant en regard de la banane ornant la pochette du premier album du groupe), histoire de s'abandonner totalement à un ensorcelant bruit blanc maquillé parfois en fausses comptines enfantines, et de laisser opérer la magie intacte du Velvet. Son mystère aussi, voulant que peu importe le nombre des écoutes, il y a là toujours la perspective de s'aventurer sur un continent inconnu...