"True Meanings"

L'éclectisme de Paul Weller n'est pas qu'une seconde nature mais sa carte d'identité intime, jouant d'un mouvement de balancier où un style dominant une période précède son contraire. Après une paire d'albums explorant une vaste palette, du psychédélisme au krautrock, le désormais sexagénaire se replie s...

L'éclectisme de Paul Weller n'est pas qu'une seconde nature mais sa carte d'identité intime, jouant d'un mouvement de balancier où un style dominant une période précède son contraire. Après une paire d'albums explorant une vaste palette, du psychédélisme au krautrock, le désormais sexagénaire se replie sur un panaché de ballades. Guère une nouveauté puisque dès English Rose avec The Jam en 1978, Weller étalait ses prétentions pastorales, sa carrière solo décollant ensuite avec le bucolique Wild Wood. C'était il y a 25 ans et les traces de cette bouffée champêtre parcourent toujours une bonne partie des quatorze titres de True Meanings. Où les cordes voluptueuses attestent aussi de l'épanouissement personnel d'un artiste initialement connu pour ses saillies rythmiques. La plage titulaire, qui ouvre le disque, donne le tempo -modéré, soyeux, sentimental- et le degré de sophistication d'arrangements qui embarquent au passage Rod Argent et Martin Carthy, vétérans de la scène anglaise. Précieuses, ces Vraies significations renvoient incidemment au rhythm'n'blues cher à Weller ( Old Castles) mais trempent surtout la plume d'un folk que n'aurait pas renié l'Américain Tim Hardin ( Wishing Well), tout en conservant une texture à prédominance britannique. Particulièrement dans les deux meilleures chansons, Glide inspirée par " le portail de la jeunesse" et sa jumelle Gravity où il est question de " trouver l'enfant en moi" . Spleen parfois, brillant souvent.