Il y a une élégance propre à l'oeuvre de Stéphane Lambert. Cette élégance, elle est celle de la remarquable singularité qu'elle construit, entre essai et confession, récit et analyse, Histoire de l'art et Histoire d'un regard. Depuis une dizaine d'années, notre compatriote, dont l'entrée...

Il y a une élégance propre à l'oeuvre de Stéphane Lambert. Cette élégance, elle est celle de la remarquable singularité qu'elle construit, entre essai et confession, récit et analyse, Histoire de l'art et Histoire d'un regard. Depuis une dizaine d'années, notre compatriote, dont l'entrée en écriture s'était opérée sous l'égide du roman, puis de la poésie, a entamé un long travail de fréquentation de certaines des oeuvres les plus marquantes de la modernité artistique occidentale. De Claude Monet à Mark Rothko, de Nicolas de Staël à Léon Spilliaert, ses pas l'ont mené dans tous les musées du globe, à la recherche de ce que Walter Benjamin appelait l'"aura" de l'oeuvre d'art -une aura qui, toutefois, requiert d'être captée pour exister. Dans Paul Klee jusqu'au fond de l'avenir, Stéphane Lambert se rend donc à Berne pour partir à la recherche de ce qu'il est possible de voir dans les peintures de Klee -ou plutôt: dans ce qu'il lui est possible de voir. Pour partie interprétation, pour partie description, pour partie récit des épisodes les plus décisifs d'une vie qui n'en manqua pas, son livre est de ceux pour lesquels la question du goût a été réglée une fois pour toutes. Ce qui leur importe est la communauté des voyants à laquelle ils s'adressent -des individus pour qui les tableaux parlent encore, et qui souhaitent en entendre l'écho chez leurs semblables, leurs frères.