On s'est glissé dans le studio du Théâtre National où l'artiste associée Michèle Noiret, une de nos grandes chorégraphes, prépare sa prochaine création, Minutes opportunes. En aperçu: un quatuor -2 femmes, 2 hommes- se croise et se décroise dans un étrange trouble de gestes et regards, d'approches esquissées, souligné par une musique électronique (signal lancinant, interférences et mots mêlés) avant de rejoindre Bach... M...

On s'est glissé dans le studio du Théâtre National où l'artiste associée Michèle Noiret, une de nos grandes chorégraphes, prépare sa prochaine création, Minutes opportunes. En aperçu: un quatuor -2 femmes, 2 hommes- se croise et se décroise dans un étrange trouble de gestes et regards, d'approches esquissées, souligné par une musique électronique (signal lancinant, interférences et mots mêlés) avant de rejoindre Bach... Michèle Noiret observe, prend des notes, le corps tendu vers la scène, concentrée à bloc jusqu'à esquisser -compulsif- un mouvement comme pour dire quelque chose aux danseurs. C'est que l'artiste crée à l'écoute de son équipe. On tente un mouvement, on rectifie un geste, une distance, on affine une présence, on approfondit une complicité. Un travail d'orfèvre où la fluidité surgit qui annonce déjà une belle création. Minutes opportunes semble se poursuivre dans l'univers de Michèle Noiret, sensible à l'étrangeté, souvent proche du cinéma et de David Lynch (pour faire court). "Mais aussi Hitchcock ou Fritz Lang, souligne la chorégraphe . J'aime mêler la danse à des situations quotidiennes en les transposant dans une atmosphère énigmatique. Un suspens, avec un temps éclaté, comme au cinéma, où on peut être tout à coup dans un flash-back ou dans une situation qui va arriver plus tard. Minutes opportunes tourne autour de l'instant (ralenti ou fulgurant) où quelque chose se passe qui nous aiguille vers un ailleurs. En plan rapproché, j'essaye de capturer cet instant fugace et impalpable, avec les danseurs, la lumière et la musique. C'est une danse écrite (qu'on pourrait danser de manière abstraite) dans laquelle on insuffle une présence." En répétitions, on la voit donc"chorégraphier" le regard et des états de présence. "En danse, les (vrais) regards habitent l'espace ou pas. Dans Minutes opportunes , l'idée de trajet traverse la pièce comme dans la ville avec ses mouvements de foule improvisés. Sauf que sur un plateau, ça peut tomber dans la trajectoire ennuyeuse. C'est là qu'il faut sculpter des images, diffuser des présences multiples, troubler les schémas du quotidien... " Un jeu de pistes à ne pas rater. l Du 23 novembre au 4 décembre. www.theatrenational.be N.A.